Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

BOULBAR – Requiem pour un champion novembre 9, 2009

Artiste français / Chrooner – Jazz / Roy Music

Quel lien y a t’il entre un jeune chanteur français, un boxer américain, une jeune fille frivole attirée par l’argent ou un vieux snack-bar sur l’autoroute ? Boulbar et un très bel album réédité chez Roy Music (après avoir été autoproduit). Après la bande dessinée au cinéma, laissez-moi vous présenter la bd au casque…

Requiem pour un champion est plus qu’un disque, c’est une épopée tragique et moderne qui vous fout un cafard terrible doublé d’un puissant amour de la vie et de ses emmerdes. Jack Ranieri, ancien boxeur à la gloire éphémère, tient un snack-bar sur l’autoroute, au milieu de nulle part. Un jour il vient à passer une oreille attentive et Jack raconte comment il en est arrivé là, pourquoi la boxe c’est fini, comment il a fait de la taule, où il est tombé amoureux…

Une orchestration jazz-blues classique et classieuse piano-contrebasse-batterie accompagne une voix qui se fait plus originale, oscillant entre les influences de Gainsbourg (phrasé et nonchalence), Grand Corps Malade (dans ce qu’il a apporté d’intéressant au slam), Miossec (détermination dans le propos) ou Dominique A (amour des rimes un peu faciles). Ce qui est poignant, presque troublant, ce sont les textes : pas une once d’humour, pas un trait de légèreté permettant de respirer…non Boulbar n’a pas fait comme son collègues Florent Marchet, ce qu’il raconte est noir, glauque, triste, une descente directe vers la vie dans ce qu’elle a de plus triste et déprimante. Exercice difficile de ne pas tomber dans le pathos lorsqu’on raconte la déchéance d’un homme qui s’est réduit à néant par ses seuls choix de vie.

A l’écoute de cette aventure tragique, on pense aux films de Clint Eastwood (la Mustang, la boxe, la petite frappe, les paysages à vous couper le souffle par leur beauté sans concessions…), on a en tête des polars retraçant les péripéties de voyous attachant pour qui on n’éprouve pas de pitié mais de la compassion (Bonnie Parker & Clyde Barrow, John Dillinger, Jacques Mesrine & Charlie Bauer, Billy the Kid…). De cette histoire noire, on a soudain des images en sépia qui nous apparaissent, ce sont bien des planches de bandes dessinées, on n’a seulement les images principales, quelques scènes et discussions… pas étonnant que Boulbar ait collaboré à un projet avec Vincent Gravé qui a choisit de développer une partie de l’histoire simplement suggérée (un hold-up raté).

On pourrait simplement parfois regretter que Boulbar n’ose pas aller jusqu’au bout de certaines démarches. Les titres terminent souvent un peu trop secs (surtout les derniers), les textes en anglais sont moins intéressants que les paroles en français (surtout que l’accent laisse franchement à désirer, notamment sur Le rêve américain) et le vocabulaire mériterait d’être parfois plus littéraire, plus fouillé et recherché. Quelques figures de styles ne seraient pas malvenues, pour cela Boulbar devra travailler sur sa capacité à distinguer les textes aux fioritures inutiles des discours complexes mais raffinés qui apportent une valeur ajoutée certaine.

C’est quoiqu’il en soit un très beau disque, qui mérite que l’on y revienne plusieurs fois. Et, dans cette détresse affective et sociale, dans cette noirceur intransigeante, on arrive à ressortir de cet album étonnamment calme et apaisé. Le feu de la rage s’éteint, la colère s’estompe, on ravale ses larmes et l’on va de l’avant. Parce que la vie c’est ça, du malheur à la pelle ponctué de moments de bonheur fugitifs qu’il faut savoir attraper, emprisonner dans sa mémoire pour pouvoir vivre heureux quoi qu’il arrive.

Note : 8/10

Sortie le 9 novembre

Pour une chronique plus longue et rédigée par la gent masculine, essayez La Quenelle Culturelle

 

KRAZY BALDHEAD – The B Suite avril 4, 2009

Dj français / Electro / Ed Bangers – Because

Ed Banger sait régulièrement redorer son blason un peu trop fluokids en livrant de belles productions électro. Pierre-Antoine Grison, aka Krazy Baldhead, fait partie de ceux-là. Après des remixes (dDamage, Aufgang) et des EP’s (Bill’ s Break – 2004 et Dry Guillotine – 2007) très efficaces depuis 2004, voilà enfin le premier album solo, orné de quelques collaborations intelligentes.

The B Suite comporte seize titres présentés avec une géométrie parfaite en quatre mouvements, rappelant par là la formation classique de l’artiste. Quatre thèmes donc, aux pieds simples et rigoureux, déclinés avec brio grâce aux incorporations de jazz, hip-hop (Third Movement – First part) ou funk. Le Second Movement – Second Part offre à cet égard une belle synthèse des genres. L’album s’écoute en entier, pas de zapping de titres, la progression s’apprécie dans sa totalité. Le quatrième mouvement présente les titres les plus intéressants, paradoxalement moins mainStream, adoptant presque des rythmiques post-rock, jouant de décompositions et distorsions sonores, réintégrant des plages de scratch, pour terminer sur un featuring de Beat Assaillant assez réussi au cut très sec.

Ed Banger Records a encore quelques atouts en main, Krazy Baldhead ne devrait pas avoir de difficultés à trouver sa place sur la scène électro. Avec des influences à mi-chemin entre les Chemical Brothers et Miles Davis ou Bill Evans, son album electro a la capacité de réconcilier des genres parfois fâchés, c’est aussi ça la tolérance sur un dancefloor… Nul doute que la suite de la B suite sera tout aussi intéressante.

Note : 8/10

 

BOJAN Z @ EMB-Sannois février 9, 2009

Jazz / trio France-Belgrade / 06/02/2009

Bojan Zulfikarpasic a été classé et récompensé parmi les plus grands musiciens de jazz. Pourtant il a construit son univers musical sur un concept, la Xénophonie ou le fait de rejeter une musique étrangère et étrangère à elle-même – ou encore comment, en ne changeant qu’une seule lettre, on fait allusion à l’un des sentiments les vils de l’homme. Venant d’un serbe, il était audacieux de remettre en question le sujet tabou de xénophobie dans un état ayant connu guerres et génocide. Bojan interprétait ce soir là une grande partie de son second opus en trio (septième au total), Xenophonia, et nous ravissait par la présentation de quelques titres inédits.

Cerné de trois claviers (un piano à queue, un clavier électrique et un Fender Rhodes trafiqué), Bojan joue de trois-quarts, tourné vers ses deux acolytes et non vers le public. Il joue de préférence de deux claviers à la fois, il a raison, il est doué pourquoi s’en priver ? Thomas Bramerie à la contrebasse et Martijn Vink à la batterie ne sont pas en reste non plus. Bien que malade, Thomas Bramerie ferme les yeux pour mieux nous transmettre toutes ses bonnes vibrations. Le batteur ne se tient pas à une interprétation jazz mais a quelques accès rock bienvenus. L’écoute entre les musiciens et entre le groupe et le public est pour ainsi dire parfaite.

A dominante de piano (pas étonnant vu qu’il y a 3 claviers), le trio livre un jazz atypique dont les titres ne sont jamais anodins. Ainsi on se délecte du titre inédit Greedy : In goods we trust qui dénonce l’avidité et la cupidité présente en chacun de nous, une mélodie rythmée de passages agressifs. Dérangeant pour certains, attrayant pour d’autres, une chose est certaine : l’univers de Bojan force l’admiration. Pour avoir discuté avec lui, je ne peux également que souligner sa grande humilité et humanité (des sentiments nobles et non des « bons sentiments »). Vivement le prochain disque.

Note : 8,5/10

Crédits photo : Thomas Brémont

 

ARONAS @ EMB Sannois octobre 11, 2008

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 9:07
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Jazz-punk-funk / Nouvelle Zélande / 10/10/2008

Après six mois d’enfermement lié à une masse de travail dont j’ai cru ne jamais voir le bout, je fêtais à la fois la fin du boulot qui me privait d’aller danser toutes les nuits mais aussi mon retour dans l’une de mes salles de spectacle préférée en Ile-de-France, l’Espace Michel Berger de Sannois (95).

Comme c’est régulièrement le cas, je voulais surtout voir la première partie de soirée plutôt que la tête d’affiche. Et force est de constater que je ne m’étais pas trompée.

Aronas est un projet de Nouvelle-Zélande composé de quatre membres aux personnalités fortes. Un pianiste (le leader Aron Ottignon) aux cheveux coiffés en légère crête punk, avec des lunettes asymétriques faisant penser à Double-Face (selon qu’on le voit de profil droit ou gauche). Un guitariste habillé d’une grande cape de magicien et d’une kippa, aux cheveux si longs qu’on se demande comment il ne se prend pas la tignasse dans les cordes. Un percussionniste israélo-pirate et un batteur-clown autiste qui n’est autre que le batteur de The Do (Jose Joyette) !

L’ensemble est détonnant et plutôt étonnant : une base free-jazz enrichie de variations funk, disco, rock… De beaux titres atteignant 12 minutes sans que cela soit gonflant, une écoute impeccable entre les musiciens, la sauce prend très bien… sauf lorsque se pointe une invitée surprise au chant. Il s’agit de la petite sœur du clavier, une blondinette toute de rouge et noir vêtue qui n’a, ni le coffre, ni l’expérience nécessaire pour réussir à suivre l’ensemble. Résultat : à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, elle chante juste mais les musiciens se rangent au pas, perdant tout la créativité et l’originalité qui nous intéressait… Dommage : de génial on passe à bien…

Je ne parle pas de P18, car pour le dire sobrement, c’était mauvais…