Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

ED LAURIE – Small boat Big sea… novembre 11, 2009

Artiste britannique / Folk / Tôt ou Tard

Il est rare que j’apprécie les disques qu’on prend la liberté de m’envoyer sans demander mon avis avant (cf. Asyl). Ajoutez à cela un nom qui ne donne pas envie d’enfourner le disque dans la platine et Ed Laurie semble le parfait artiste bien parti pour finir dans mes oubliettes de la musique. Et pourtant, je reste retenue par la pochette et un titre attrayant.

Ed Laurie s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs songwriters de folk classique. Celle qui vous ballade, vous repose, vous laisse songeur quel que soit le paysage sous vos yeux. Rappelant Hugh Coltman par son timbre de voix envoûtant et naviguant entre des orchestrations évoquant Cesaria Evora, Chet Baker ou Django Reinhardt, Ed Laurie signe douze titres mélancoliques et émouvant juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans le caricatural et sirupeux. Où que l’on soit, on prend le large, on s’évade l’instant d’un disque. L’une de mes favorites est la très orchestrale Never the same day twice qui vous plonge dans une aventure plus ou moins agitée.

Le mot clé de cet opus reste qu’il est reposant, ce qui dans nos sociétés urbaines, devient un luxe dont il faut savoir se délecter dès que l’occasion se présente. Attendons la suite de cet anglais charmant – desservi par son nom – pour continuer de partir vers de nouvelles destinations.

Note : 7,5/10

 

CENTENAIRE – The Enemy novembre 10, 2009

Groupe parisien / Folk – Avant-rock / Chief Inspector – Clapping music

L’écoute d’un disque et la découverte d’une splendeur tiennent parfois à peu de choses. Lorsque mes yeux tombent sur la pochette incompréhensible du disque promo de Centenaire, j’en suis à ma sixième heure de montage pour les émissions radiophoniques à venir dont j’ai la charge. Le nom m’évoque vaguement quelque chose. De retour chez moi, je constate avec désolation que le disque est dans mon ordinateur depuis des mois mais que, envoyé sous forme numérique il était passé à la trappe. Probablement reçu à un moment où j’avais beaucoup d’autres choses à faire… Je décide alors d’avoir une première écoute de l’album en faisant la vaisselle. J’en ai cassé un verre. Chronique de rattrapage d’un disque qui ne doit pas passer inaperçu.

Sept pistes, sept magnifiques titres qui ne doivent pas être assimilés à tort à un EP ou album trop court. Non, le travail de Centenaire est une réflexion parfaitement construite et épurée. Oui l’œuvre de Centenaire est un album complet et abouti.

On entre dans l’univers de Centenaire avec Weelchair qui vous donne tout sauf envie de rester assis et égale les meilleurs morceaux de Grizzly Bear (si si…), on en ressort avec un morceau tout aussi pop-folk (Back Home). Ente les deux s’est produit un petit cataclysme, une sorte de tornade qui vous ébouriffe les oreilles (The Enemy, Farmers Underground, A Cure). Des titres noirs aux riffs de guitare acérés, aux enchaînements de rythmiques d’une rigueur implacable, aux nappes de clavier et basses hypnotiques. Le titre le plus significatif pour moi est sans conteste Testoterone qui combine douceur et accès de violence comme en est capable cette hormone masculine dans la vie de tous les jours. Brouillage des pistes, on ne sait plus sur quel continent on est et c’est tant mieux.

Tout heureuse que j’étais d’être parvenue à convertir mes meilleurs amis à des disques incontournables pour 2009 comme Aufgang, The Limes ou Marie-Flore, j’en avais oublié de voir qu’ils clamaient tous leur engouement pour Centenaire. Retour d’ascenseur et Mea Culpa. Les ennemis ne sont jamais là où on les attend…

Note : 8,5/10

Autres chroniques sur Words and Sounds, Playlist Society ou Branche ton Sonotone

 

THE LIMES – s/t octobre 26, 2009

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

 

THE RAVEONETTES – In and Out of Control octobre 7, 2009

Duo danois / Pop – Rock / Fierce Panda

Déjà presque dix ans d’existence pour The Raveonettes, un duo-couple qui tient la route. In and Out of Control est leur cinquième opus, un tous les deux ans, une bonne régularité permettant de ne pas s’essouffler ?

Révélés par leur Pretty in Black (2005) truffé de collaboration fructueuses, notamment avec Moe Tucker (The Velvet Underground) et Ronnie Spector (The Ronettes), leur disque suivant avait terminé de nous rendre accro au groupe (Lust Lust Lust en 2007 et ses prestations scéniques époustouflantes aux Routes du Rock version hiver et été). A l’annonce d’un nouveau disque, on attendait donc la nouvelle pépite avec grande confiance. Après l’amour et la luxure, les drogues et les hallucinations délicieuses, le duo glacé s’attaque aux mêmes sujets du côté obscur. Ce qui était Pretty in Black devient « Dark », ce qui n’était que Lust Lust Lust se mue en « Break up » ou « Break out ». Ca donne Suicide, Last Dance, Gone forever ou Oh, I Buried You Today pour le côté « joie de vivre » et Boys Who Rape (Should Be Destroyed), Heart of Stone, D.R.U.G.S, Break Up Girls ! et Wine pour l’aspect « optimisme, bonté humaine et plaisirs de la vie ».

Malgré ces titres peu engageants, l’ensemble reste terriblement entraînant et pêchu (sauf Wine déprimante à souhait), spirale revisitant les coins les plus tristes et ténébreux de nos cerveaux tristes mais libérant les corps. Bang ! vous envoie d’emblée un coup au plexus pour vous faire quitter votre chaise ; Suicide glisse comme une vodka-tatin : forte mais masquée par beaucoup de sucres ; Last Dance ne donne qu’une envie, celle de continuer de danser… Les influences 60’s ne se sont pas fait la malle, c’est toujours aussi bien fignolé.

Mais… Il y a un « Mais » d’importance cette fois, un de ceux qu’on ne peut pas éluder. The Raveonettes, c’est beau, c’est sympa, ça provoque une adhésion quasi-mystique sur scène mais ce nouvel album, alors qu’il se propose de revisiter les recoins de nos âmes, est en dépourvu justement, d’âme. C’est trop bien terminé, trop bien respectueux des aînés Phil Spector ou Jesus and Mary Chain, trop propre pour parler de suicide, trop clean pour aborder les drogues. On est comme en face de ses dix doigts ressortant d’une manucure Dior : on a peur d’utiliser nos doigts de peur d’écailler le vernis… Et d’ailleurs la véritable réflexion qu’on se fait c’est « Depuis quand je suis le genre de pouffe qui va se faire faire une manucure ? ».

Un album qui contrairement aux deux précédents, ne restera pas longtemps dans nos platines car il s’avère très vite lassant. L’album porte mal son nom, il n’est jamais Out of Control et ne donne jamais l’impression d’être spontané, à l’image de la pochette du disque d’ailleurs, plus calculé tu meurs. Mais nul doute que sur scène, ça sera toujours aussi beau.

Note : 7/10

Sortie début octobre

 

RONE – Spanish Breakfast octobre 2, 2009

Artiste parisien / Electronica – Minimal / Infiné

3 mars : Mon corps prend un coup de vieux, mon mental a du mal à s’en remettre et il me faudra… six mois avant de parvenir à écrire sur Rone. C’était un beau cadeau d’anniversaire ce disque pourtant. Allons, rattrapons le temps perdu.

Dans la panoplie des artistes électro français, on n’en connaît assez peu capables d’affronter l’international. Zombie Zombie ou Turzi bien sûr, l’exilé Dantom Eeprom probablement… auxquels il faudra désormais intégrer Rone. C’est sous protection d’Agoria et signé chez le prestigieux Infiné qu’il nous livre (enfin) son premier opus après un EP remarqué (La Dame Blanche).

Electronica classieuse et minutieuse, structuré par une Intro, une Outro et un Interlude, avec Rone la plongée se fait douce et hypnotique. Le temps semble se démultiplier, on est propulsé dans des rêveries agréables sans angoisses. Le saxophone fait régulièrement des apparitions tel un phare, pour nous guider à travers ces mélopées minimal. On passe une nuit éveillée dans l’optique de déguster un petit-déjeuner espagnol mais c’est pourtant Paris que l’on revisite. Belleville et ses sonorités asiatiques, Bora et ses conseils littéraires tout droit sortis du café des Editeurs (La seule chose qui ait de la valeur c’est quand tu es capable de faire un chapitre comme celui-là, ça mérite que tu vives, tu peux vivres pour écrire ça) ou Tasty City et ses quais au petit matin, quand Paris est calme. Outro sonne comme la fin de l’insouciance, le stress va bientôt recouvrir la ville de sa chape de plomb, on étouffe, mieux vaut partir se coucher en rattrapant un marchand de sommeil avare.

Seules ombres au tableau, cette pochette hideuse et la durée du disque un peu ric-rac… ce dernier point étant excusé par sa qualité irréprochable (pas une seconde n’est superflue). Un très bel album, probablement l’un des meilleurs de 2009, un artiste à suivre de très près.

Note : 8,5/10

 

ETIENNE JAUMET – Night Music septembre 30, 2009

Classé dans : Chroniques Musique — Violette Roll @ 12:32
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Artiste français / Expérimentations Electroniques / Versatile

On le connaissait Married Monk, on le savait Zombie (l’autre Zombie étant Cosmic Neman), il nous flanquait régulièrement la chair de poule lorsqu’il accompagnait Turzi au point FMR. Le voilà seul, prêt à étaler son talent à la face d’un monde en mal de musique audacieuse. Accrochez bien vos oreilles, ne paniquez pas si vos sens sont détraqués, les baptêmes de la NASA à côté du Voyage Jaumet sont des parcours de santé pour débutants.

Pour assurer un envol de qualité, notre savant agitateur de machines électroniques s’est entouré d’un copilote de choix, Carl Craig. Appréhension au moment d’introduire le disque : le premier titre dure 20’26. Je ferme les yeux, ça ira mieux. Décollage en douceur mais ferme, en moins de quinze secondes votre cerveau navigue déjà ailleurs. Le micro crachouille, Etienne nous livre son plan de vol à travers les univers parallèles : For Falling Asleep, Mental Vortex, Entropy, Through the strata, At the Crack of Dawn… Je tente d’émettre une protestation à l’énoncé de ce dernier lieu, je crève de trouille : Jaumet je t’aime beaucoup mais je ne veux pas y passer ce soir / Soit humain et tais-toi, écoute. Pauvre être que je suis, je me fais happer avec délectation par les boucles hypnotiques. La sirène Emmanuelle Parrenin me tient la main et chante pour moi. Les premiers Ovni commencent à croiser notre route, les battements de cœur s’espacent, le plexus se libère, le cerveau laisse les pleins pouvoirs au reste du corps. Je suis le saxophone, à demi-rassurée, au bord du gouffre qui me sépare de la population terrienne, bordel ce que c’est beau !  Parlementations avec d’autres formes de vie, reflexe terrien que de vouloir se réfugier dans le paracétamol. Geste ferme d’Etienne, Ne touche à rien, tu as seulement le cerveau en ébullition, c’est que du bon. Une guitare retentit pleine de douces sonorités, les aliens ont compris, s’amusent et nous laissent nous poser.

Soudain, on se saisit de mon crâne, on y place des électrodes, je ressemble à une méduse avec tous ces câbles. On me retire du fluide formaté, on m’insère des vagues de nouveauté. C’est rond, c’est doux, c’est régulier… on va me laisser essayer de prendre les commandes du vaisseau ? Clignotants, klaxon, train d’aplanétage… Non ! il ne fallait pas toucher à ça ! Ah décidément, retourne à ta place ou je te renvoie à ta misérable vie !

Assoupissement, notre multi-instrumentiste et ingénieur du son hors-pair a tout réparé, on a quitté une galaxie pour une autre, je me réveille sous un néon violent, les pieds se muent en Minimal, je suis reliée à un défibrillateur « au cas où ».  Les tressaillements de mon corps sont normaux, je me gave de nouvelles manière de me déplacer paraît-il…

Allez j’ai été sage, j’ai gagné le droit de visiter le temple des illuminations suprêmes. Marrant car jusque là j’avais toujours eu un mauvais à-priori des sectes, celle-là est remarquable. On m’inocule le bacille de la musique psychique. Les cornemuses acclament l’arrivée d’un des leurs, Emmanuelle Parrenin entre en transe devant cet apôtre. Dieu n’existe pas, Etienne Jaumet si.

Notre dernière escale est trop courte, je ne veux plus sortir, Etienne me fiche à la porte, m’ouvre les yeux, rallume la lumière. Il a promis de revenir, de m’emmener découvrir de nouveaux horizons… Seule, hébétée, je range le précieux sésame dans mon étagère aux trésors, à côté de Turzi et Aufgang. Night Music s’écoute le jour, pour prolonger l’expérience psychédélique. Cet homme vient d’ailleurs, la planète Splendeur ?

Note : 9/10

Sortie le 5 octobre

En concert le 28 octobre au Point FMR.

Cette chronique est aussi sur Le HibOO

 

YACHT – See Mystery Lights septembre 16, 2009

Duo américain / Psyché – Pop / DFA Records – Cooperative Music

Attention musique à danser ! Yacht déboule pour énergiser les dancefloors un peu mollassons de rentrée. Comment faire du neuf avec du vieux…

Yacht n’a rien inventé mais sait parfaitement exploiter et digérer différentes influences actuelles pour proposer de nouveau morceaux qui ne manquent pas de charme. Prenez l’énergie d’Architecture In Helsinki, la structure régulière de la house et du phrasé de LCD Soundsystem, la voix de Kevin Barnes (Of Montreal), quelques soupirs érotiques 70’s (Gainsbourg au hasard). Vous obtenez un bon petit cocktail pétillant, dynamisant et qui se laisse très bien écouter. Certains titres laissent songeurs comme I’m in Love with a Ripper avec son vocodeur et sa rythmique disons basique, ou It’s Boring / You can live anywhere you want et ses guitares électrisantes. Dans l’ensemble ce n’est pas transcendant mais on a quand même envie de réécouter le disque une fois de plus. Ca n’a pas la qualité de Hot Chip, ni la classe dégingandée de Metronomy mais on en retrouve certains aspects.

Vos oreilles tomberont tôt ou tard sur Yacht un soir de sortie, dans ce cas ouvrez les bien grandes car vous pouvez jouer à retrouver toutes les influences dont ils sont pétris. Le concert pourrait s’avérer intéressant aussi. Un album convainquant mais qui demande plus de perfection pour la suite.

Note : 6,5/10

Sortie le 14 septembre

 

NOAH AND THE WHALE – The First Day Of Spring septembre 9, 2009

Pop-folk / Grande Bretagne / Young and lost club Records – Coop /2009

Un peu plus d’un an après leur premier album (Peacefull the world lays me down) qui m’avait fait chavirer le cœur, le quatuor de Noah and the Whale (en référence au réalisateur Noah Baumbach) poursuit son exploration des « musiques filmogéniques ».

Environ quarante minutes de douces balades pop-folk qui vous propulsent sur les sentiers champêtres britanniques. Les balades en forêt, l’odeur du sous-bois, le réveil de la faune après l’hiver, les premiers rayons de soleil venant dévorer la nuque… Les mélodies de The First Days Of Spring racontent tout cela avec toujours cette mélancolie à la Virgin Suicide qui imprègne tout les titres. Les violons sont mélancoliques, jamais pleureurs ; les rythmiques sont dynamisantes et structurantes, jamais étourdissantes ; et par-dessus tout cette voix un peu cassée qui pourrait provoquer un réchauffement climatique à elle toute seule. Les sujets traités sont toujours ceux qui restent chers à ces adorables jeunes hommes : l’échec amoureux, les difficultés de réussir à entretenir « une flamme »… etc.

Et une fois de plus, c’est réalisé avec une telle délicatesse qu’on ne peut que succomber. Le débit de paroles est plus lent, le tout est plus posé, mûrit, les fougues et ses élans adolescents s’estompent (It’s time to leave those feelings behind – Blue Skies) pour laisser place à plus de réflexion doublé d’une théâtralisation assez tordante. Ainsi Love of an Orchestra comprend des cœurs d’opéra rappelant Shakespeare. Nouveauté également, les deux titres instrumentaux d’une minute trente qui rythment le disque, sortes de respirations dans cette exploration du « comment vivre avec quelqu’un / comment savoir si c’est la bonne personne ». L’album se termine sur un consensus que l’on retrouve de plus en plus dans nos sociétés : la porte entrouverte. Il n’y a plus de partenaire officiel, chacun est libre de revenir ou non. Morceau à la guitare sèche probablement le plus triste de l’opus, ça fait mal au cœur de voir que Noah and the Whale renonce à une pointe d’optimisme. Il est encore de possible d’y arriver, de s’accrocher un peu. Sur l’autel d’un monde toujours plus pressé, plus stressé, plus exigeant et impatient, il ne faut pas y sacrifier les sentiments.

Un très bel opus qui accompagnera divinement n’importe quel film sur la perte de confiance en soi, l’abandon, la rupture brutale (affective ou amoureuse). Et toujours cette incroyable capacité de mettre les larmes aux yeux tout en étant extrêmement reposant.

Note : 8,5/10

Sortie le 21 septembre

 

TURZI – B août 26, 2009

Groupe français / Kraut – Rock – Electro – Psyché / Record Makers / 2009

« On prend les mêmes et on recommence » n’est pas un adage qui s’applique à Turzi, que ce soit en tant que personne, que groupe, que musicien. B n’est pas la suite de A mais bien une évolution audacieuse, bien conçue et incroyablement foutraque tout en étant d’une rigueur exemplaire. Retour sur les supputations émises après son concert au Nouveau Casino.

Le jeune Versaillais vient, par la qualité de ce nouvel opus, parfaire une boucle Daft PunkAirFuzatiPhoenix. A était un album aux connotations krautrock d’une texture psychédélique délicieuse. Avec B, on quitte l’Allemagne pour filer sous la Manche, on redécouvre le rock, l’indie noise et la géographie.

L’album s’ouvre sur Beijing, comme lors du concert. Il pourrait s’agir d’une ouverture de film d’épouvante aux références sataniques comme Rosemary’s Baby que cela ne nous choquerait pas. La batterie et les guitares encadrent parfaitement une voix venue d’outre-tombe. Et dès Buenos Aires, le second titre, vous comprenez que vous venez de vous faire embarquer dans un voyage burlesque et inquiétant, vous êtes Alice au Pays des Merveilles, le Chat vous accompagne et ne vous lâchera pas avant la fin. Le clavier se met au pas, une complainte au violon vous indique la marche à suivre. Vous voilà bazardés au beau milieu des favelas, les mafias et dealers sont à vos trousses, vous n’avez quelques secondes de répit avant la grande cavalcade de Bombay que j’avais appelé « Bande de Gaza ». Les instruments grondent, lancés à pleine vitesse vous n’avez d’autres choix que de les suivre dans leur descente vertigineuse en territoire dangereux. S’en suit le plus apaisé mais tout aussi dantesque Bethlehem que j’avais dénommé « Beyrouth », véritable évolution du A Notre Père de l’album précédent.

Baltimore opère un revirement rock assez fascinant, notamment grâce à la présence au chant de BoBBy Gillespie qui insuffle les vagues métalliques, urbaines, underground que l’on trouvait dans les bons albums de Primal Scream (donc pas le dernier hein…) et chez les Stooges sous extazy.

Après un Brasilia au synthé hypnotique et un grisant Bangkok aux guitares rugissantes, ce que j’avais intitulé « Bâle-Beauvais-Berlin » le 6 juillet dernier se nomme logiquement Baden Baden (longtemps au cœur des guerres de religions et jouxtant la Forêt Noire). Un débit de paroles plus souple évoluant en distorsions soniques maîtrisées et entêtantes, rappelant en cela un Trip Hop macabre.

Après un Bogota plus doux, l’album termine en apothéose avec Bamako et une collaboration avec la Reine du Foutraque, Brigitte Fontaine et son mari Areski (tiens tiens, encore un Versaillais). Toute la place est donnée à cette voix rocailleuse et éreintée, à ces paroles mystiques. « Nous sommes des mutants […] sur le vaisseaux du temps » affirme Brigitte Fontaine, on l’a compris, Turzi nous ballade un peu partout, lui, son groupe, les artistes qui l’accompagnent et le guident sont tous sans cesse en transformation.

De Turzi, on suivait le talent, les interviews vraiment pertinentes, les progrès, l’exploit de conquérir les States et ce second album inaugure une nouvelle saga à succès : il y avait l’alphabet de Mozart, il y aura désormais l’alphabet de Turzi. Certes Turzi n’en est qu’à la lettre B, mais avec un tel pouvoir d’évolution dans sa musique, il pourrait faire les 26 sans problèmes. Turzi n’est pas un musicien à étiquette, ni un adepte de « faire de la musique pour plaire », gardez-le pour acquis.

Note : 9/10

Sortie le 27 octobre

P.S 1 : Non, contrairement à Monsieur Romain Turzi, je ne prends pas de drogues, surtout lorsqu’il s’agit de chroniquer ses disques.

P.S. 2 : Si vous êtes amateurs d’une chronique plus classique ou de « garçons » avec des références aux influences et tout et tout, allez-donc jeter un œil chez Benjamin de  Playlist Society.

 

THE DODOS – Time to Die août 25, 2009

Trio San Franciscain / Pop-rock, Psyché-folk / Wichita – Cooperative Music

Il y a quelques mois, Mgmt nous annonçait que le temps était venu de feindre (Time to Pretend). Un an après la météorite de Visiter leur premier album, le duo de San Francisco au vieux nom d’oiseau revient pour un plan à trois se proposant d’explorer les frontières de la vie. Ont-ils la pêche au point de nous en faire crever ou vice-versa ?

Neuf titres oscillant entre 4 et 6 minutes, dont l’entrée en matière commence fort. Small Deaths porte bien nom, les chœurs chatouillent nos oreilles, la montée de batterie suit un rythme tout à fait adapté, les accès de guitares titillent nos sens, provoquant ce petit frisson qui remonte l’échine depuis le creux des reins… On pourrait s’arrêter là et avoir envie de repasser dix fois le titre.

Les Dodos ont gardé quelques clés de leur succès : boucles d’accords répétés jusqu’à devenir bileux, guitares électrisantes provoquant des remontées acides,  le tout accompagné de voix douces comme le pain constituant le meilleur des miel pour grog… Bref à chaque fois, on ressort secoué d’une écoute qui rappelle l’arrivée d’un gros grain lors d’une transat en voilier : ressac, creux de vagues, pluies tropicales passagères. Autant de cassures de rythme qui sont bien présentes dans Two Medecines. C’est éprouvant et on en redemande.

Cependant, on reste un peu dubitatif devant la platitude des trois dernières plages de l’opus. On ne comprend pas très bien l’intervention d’un titre en allemand non plus… Troll Nacht est un titre aussi pertinent que La danse des canards… Ballades folk molles et classiques, peut-être est-ce finalement l’explication de ce Time to Die, mieux vaut rentrer dans sa tombe plutôt que de continuer à écouter ça ?

The Dodos est assurément un bon groupe californien, à suivre scrupuleusement. Malgré quelques maladresses que l’on aurait préféré ne pas voir apparaître sur un second album, on peut les emporter dans la tombe, histoire de faire swinguer les squelettes un peu coincés.

Note : 8/10

Sortie le 31 août