Film américain / biopic / 2009
De ce film je n’attendais strictement rien : histoire dont on connaît déjà la fin + Tom Cruise = non merci. De ce film, je ne pensais pas prendre la peine d’en dire quoi que ce soit car Rob Gordon avait correctement résumé ma pensée et Playlist Society avait tenté d’en soulever pas mal de nuances. Cependant, étant privée d’un œil depuis maintenant 3 jours, je vois les choses d’un autre regard (si je peux me permettre ce jeu de mot ringard).
Côté réalisation, c’est du Brian Singer pas de doute, on retrouve la même manière de filmer que dans les 2 X-Men. Côté scénario on se trouve déjà face à une première aberration : faire jouer tout le film en anglais ! De qui se fiche t’on ? Le film ouvre sur une bataille opposant les allemands aux anglais et tous parlent anglais, quel ridicule ! C’est horripilant au possible, surtout lorsqu’on a le mauvais goût de faire durer la plaisanterie deux heures.
Concernant le scénario, Brian Singer adepte des histoires où le mal suinte, où les personnalités sont souvent sur le fil, dans l’hésitation de basculer vers une éthique ou une autre (X Men), s’attaque ici à la chance du diable ou comment Hitler est parvenu à échapper à 15 attentats contre sa personne venant d’Allemands. Sujet intéressant s’il en est mais sans pertinence pour les Allemands. Le génocide juif et l’œuvre d’Hitler sont probablement la page d’histoire sombre la mieux assumée par un pays en un temps record. Donc si B.Singer fait un film pour dire que les Allemands aussi avait compris qu’Hitler était une plaie et qu’ils ont essayé de se rebeller, c’est inutile, et la mention à la fin du film des quelques lignes inscrites sur le mémorial de l’holocauste à Berlin n’a aucune pertinence.
Concernant le casting, si Kenneth Brannagh ou Terence Stamp s’en sortent honorablement, je ne peux pas approuver le choix de Tom Cruise pour incarner le comte Stauffenberg. On peut reconnaître que Cruise se maîtrise pour ne pas en faire trop, ne pas être grandiloquent, mais cela ne fonctionne pas. Il aurait mieux tenu le rôle d’Hitler. Stauffenberg était un allemand assez grand, svelte, au front dégagé qui avait perdu un œil lors d’une bataille au Maghreb. Je sais qu’on n’est pas obligé de faire ressembler l’acteur au personnage qu’il incarne, mais le problème c’est que Cruise a tout fait pour lui ressembler : ses cheveux bien peignés et plaqués ne demandent qu’à rebiquer, son œil est bien trop vivant derrière son cache et que dire de sa taille ? Je m’en dispenserai c’est trop facile (mais c’est tentant). Cet œil et ces moignons rapportés de la bataille de Tunis parlons-en, il eut été plus intéressant de faire un film sur l’incroyable habilité du chirurgien (Ernst Ferdinand Sauerbruch) que sur ce noble allemand qui n’a voulu renverser le Fuhrer que parce qu’il n’était pas l’homme adapté à la direction de l’Allemagne.
Ne l’oublions pas, Singer fait ici l’apologie d’un homme qui est ouvertement fasciste, écrivant par exemple à sa femme à propos des polonais : « La population est une incroyable populace, très nombreux Juifs et très nombreuses personnes qui ne sont pas de race pure. Un peuple qui ne se sent bien que sous le knout. Les milliers de prisonniers vont faire vraiment du bien à notre économie agricole. En Allemagne ils pourront sûrement être bien utilisés, vaillants, obéissants et qui se contentent de peu ».
Et c’est bien ce que je reproche à ce film, passons outre le côté lisse et pseudo-pédagogique du film hollywoodien (les américains ne connaissent déjà pas bien l’histoire européenne alors cet épisode…), B. Singer l’homme qui aime tant les films manichéens bien travaillés n’a absolument pas mis en relief cet aspect de la personnalité de Stauffenberg. Son film laisse penser que, parce qu’il revient d’une bataille avec des moignons et un œil de verre, il va soudain prendre conscience du mal qui règne. Le film collectionne les scènes concentrées sur la gestion des nouveaux handicaps de Tom Cruise, mais toujours de la même manière. Il eut été intéressant de consacrer quelques scènes au regard nouveau que les autres portent sur Stauffenberg (là on ne se concentre que sur sa vision à lui) : un homme qui n’est pas « normal » inspire beaucoup plus de méfiance, en particulier sous un régime prônant l’existence d’une race arienne !
Ce film est trop long (1h50), trop lisse, montrant essentiellement des plans de discussions sur la stratégie à adopter pour faire mourir Hitler. Ce film est aussi mensonger, comportant plusieurs inexactitudes sur cette page de l’histoire (à commencer par le nombre d’enfants de Stauffenberg !) : soit on fait un film retraçant un événement historique et on le fait correctement, soit on fait un film de fiction librement inspiré de faits réels et on l’affirme.
B. Singer avait déjà raté son Superman, il serait temps de se ressaisir avant de se faire classer dans la catégorie des espoirs ratés. Aucune bonne raison de voir ce film.
Note : 4/10.