Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

L’AFFAIRE FAREWELL – Christian Carion septembre 1, 2009

Film français / biopic / 2009

Bloc de l’URSS, années 80, les fissures commencent à apparaître et certains plus que d’autres souhaitent sa chute pour que la Russie renaisse correctement de ses cendres en repartant sur des bases solides. Parmi eux, Vladimir Ippolitovitch Vetrov, haut-gradé au KGB, va fricoter avec la DST en leur communiquant 2997 documents top secrets. Au milieu de cette coopération, en guise de passeur, un  ingénieur Thomson, Jacques Prévost. Christian Carion se réapproprie l’Histoire par la lorgnette de l’anecdote comme il avait aimé le faire dans Joyeux Noël. Bien, mais peut mieux faire.

Rien à redire sur le casting, Emir Kusturica en Vetrov et Guillaume Canet en Prévost jouent comme il se doit, Les second rôles également sont touchants, hormis les chefs d’Etats qui sont parfaitement ridicules, en particulier Fred Ward qui ressemble plus au Bouffon Vert qu’à Ronald Reagan. Rien à redire non plus sur la manière dont le tout est filmé, plutôt intelligemment, alternant scènes de paysages et plans serrés sur l’intrigue de manière équilibrée.

Christian Carion avait toutes les cartes en main pour réussir son film et signer un biopic de bonne facture. Cependant, durant tout le film, on ressent ce flottement caractéristique des films qui ne fonctionnent pas. Le scénario n’est pas foncièrement mauvais, les dialogues ne sont pas à côté de la plaque mais l’ensemble coince… Et pour une fois, on se met à penser qu’il manque… de la violence. Oui vous avez bien lu, tout est trop lisse, trop doux. On peut penser sans difficulté que ce film est destiné à un public franco-russe : on ne blesse personne, on ne dénonce rien, on lance des micro-attaques anodines. Les stéréotypes sont esquissés (le français râle et fait de l’humour, le russe boit beaucoup…), les pratiques des services secrets jouant avec le capital humain comme aux dames sont évoquées (quelques phrases, quelques images…), mais soyons honnêtes, si Vetrov est un traître à sa patrie et va de ce fait mourir d’une balle dans la nuque, on s’en soucie peu, ça passe comme une lettre à la poste, c’est normal pour ainsi dire. La tension dramatique n’est pas palpable, on a la désagréable d’être un spectateur voyeur, un collabo qui se tait quoi qu’il voit. Le réalisateur ne se mouille pas.

Bref, après réflexion, on est plus deavnt le bon téléfilm à la France Télévision que devant un grand écran. Un film malheureusement aussi vite oublié que vu…

Note : 6/10

 

VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D’UNE REINE – Jean-Marc Vallée août 2, 2009

Film canadien / biopic / 2009

Les films retraçant la vie des souverains sont en général un peu tous les mêmes, ayant tendance à s’étendre de la naissance heureuse à la mort tragique. Jean-Marc Vallée a été capable de nous surprendre avec C.R.A.Z.Y. en 2006, on attendait donc de son Victoria plus qu’un simple film en costumes. Et c’est dans les détails qu’il ne nous déçoit pas.

Le film ne se concentre que sur les mois précédant son couronnement et sur les premières années se son règne, jusqu’à la naissance de son premier enfant, Victoria Adelaïde. Ainsi J-M Vallée évite le premier écueil du biopic trop long et barbant. Seules l’accession au trône et les premières années du plus long règne de l’histoire d’Angleterre nous intéresse, puisque la suite ne sera qu’une répétition du reste : essor colonial et industriel d’un côté, tensions sociales et austérité des mœurs de l’autre. Emily Blunt incarne une jeune Alexandrina Victoria consciente de ses lacunes mais déterminée à s’acquitter de la tache confiée. Hormis que la reine fut une personne assez laide et qu’Emily Blunt est au contraire ravissante et pleine de charme, que les robes ne sont pas toujours fidèles mais restent splendides, rien à dire là-dessus. Les autres protagonistes de l’histoire sont très bien choisis également.

Le film devient intéressant dès qu’on plonge dans l’intimité du château. On nous dépeint une reine inexpérimentée, partiellement bien entourée, amoureuse mais qui a froid et voit pas à travers ses carreaux tant ils sont sales. Les protocoles rigides et ridicules sont régulièrement pointés du doigt de façon plutôt comique. Ainsi la scène où son secrétaire Lord Melbourne est horrifié de la voir donner un bain à son chien quelques heures avant le bal de couronnement.  Le travail de transcription de la vie de château à travers les yeux d’une jeune femme ayant grandi à l’écart de la cour est bien rendu : les scènes de couronnement et d’émeute aux portes du palais restent impressionnantes, imposantes, vertigineuses.

Si ce film a une temporalité monotone et peut paraître parfois ennuyeux, il est sauvé par l’amour du détail de J-M Vallée : les planchers neufs de Buckingham lorsque la Reine visite le palais pour la première fois, le mobilier apparaissant petit à petit toujours sans faute de goût, un gros plan sur les poils du bras de la Reine-Mère qui se hérissent lorsqu’elle entend qu’un coup de feu est tiré sur sa fille, les plaisanteries sur le climat humide de l’Angleterre de la part du prince Albert de Saxe-Coburg… tout cela achève de donner vie à une biographie heureuse, l’empêchant ainsi de sombrer dans l’hagiographie.

The Young Victoria - que j’aurais plutôt traduit par Victoria : les années d’une jeune reine – ne révolutionne pas les films historiques comme on aurait pu s’y attendre venant de Jean-Marc Vallée, mais il s’émancipe de certaines tendances récurrentes du genre comme les monographies interminables (L’allée du Roi) ou les hagiographies barbantes (Marie Antoinette).

Note : 7/10

 

GOOD MORNING ENGLAND – Richard Curtis juin 30, 2009

Film germano-britannique / Comédie biopic / 2009

Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio  Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.

Affublé d’un titre ridiculement « anglicisé » en français (le titre original étant The Boat That Rocked), je n’ai pas grand-chose de plus à dire que Rob Gordon sur ce film très agréable que j’aurais adoré voir sortir en feuilleton télé.

Note : 8 ,5/10

En revanche, en tant que Vice-présidente d’une Radio Indépendante, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur particulier pendant le film. Si les clopes et l’alcool n’ont plus le droit de séjour dans les studios depuis bien longtemps (la coke elle, a encore des accès VIP), le matériel n’a qu’assez peu changé à cela près qu’on passe surtout des titres numériques contre quelques vinyles. Les radios pirates ont rendu l’âme après que le gouvernement s’est acharné à les faire disparaître. Aujourd’hui un scénario similaire se joue : le passage à la radio numérique sera si coûteux que seules les ondes de classe B (dans une logique mercantile donc) pourront se permettre un tel investissement. Cela signifie clairement une disparition progressive des programmes radiophoniques originaux, produits dans le seul but de leur qualité, leur originalité et leur diversité ; ils sont voués à disparaître ou au mieux, à être relégués à des heures de faible écoute.

Il y a trente ans, le message des radios pirates était que les gouvernements pouvaient pondre toutes les lois qu’il leur plairait, la musique rock ou pop ne mourrait pas pour autant, bien au contraire. Aujourd’hui, le rock et la pop sont bien présents sur les ondes, mais leur diversité n’est que très peu mise en valeur. Le pont de plus en plus fréquent entre les animateurs radios et leur apparition sur des chaînes télévisées privées de piètre qualité (comme M6 ou TF1) n’est qu’un indicateur parmi d’autres : les mêmes animateurs sont présents à l’antenne et sur les écrans plats (Le Mouv’, France Inter ou France Culture se prêtent allégrement à ce petit jeu pitoyable).

Lorsque Nova introduit un nouveau titre à sa playlist, Radio Campus Paris en insère une centaine. Et pourtant ceux qui écoutent Nova, ils ont déjà l’impression que la playlist est plus originale que celle de Skyrock ou NRJ… Cela laisse imaginer ce que seront les programmes en 2012 : lisses, uniformes, sans âme. Un peu comme ces derniers jours où tous les canaux se sont sentis obligés de passer du Michael Jackson en boucle…

Je ne suis pas si pessimiste, je ne pense pas que le monde radiophonique va s’écrouler totalement. La fm ne disparaîtra pas aussi facilement que le pense le CSA et les lobbys qui vont avec. Et les nouvelles habitudes de podcast des émissions donneront aux web-radios un avenir à la résonnance différente, sinon plus radieux. Aujourd’hui cet esprit de résistance à une logique du « produire plus pour rapporter plus » est certes organisé et solide mais absolument pas médiatisé. Le mythe du village d’irréductibles Gaulois résistant à l’expansion romaine ne cessera jamais de vivre, il faudra simplement faire des efforts de plus en plus importants pour parvenir à entretenir la diversité et l’exclusivité des programmes.

Le plus beau moment de ce film se situe pour moi à la toute fin du générique, lorsque chaque animateur raccroche son casque. Chacun quitte le studio très différemment car chacun s’occupe de musique et de propos très différents. Mais tous le font comme s’ils venaient de faire leur émission pour la dernière fois. Si pour continuer de préserver cet esprit d’une radio éclectique et surprenante je dois rentrer dans la case des marginaux, alors comptez là-dessus, je n’ai pas peur des étiquettes, pas plus que des menaces de licenciement, je suis déjà au chômage sans indemnités comme beaucoup trop de jeunes diplômés en France…

 

WALKYRIE – Brian Singer février 12, 2009

Classé dans : Chroniques Cinéma — Violette Roll @ 10:26
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Film américain / biopic / 2009

De ce film je n’attendais strictement rien : histoire dont on connaît déjà la fin + Tom Cruise = non merci. De ce film, je ne pensais pas prendre la peine d’en dire quoi que ce soit car Rob Gordon avait correctement résumé ma pensée et Playlist Society avait tenté d’en soulever pas mal de nuances. Cependant, étant privée d’un œil depuis maintenant 3 jours, je vois les choses d’un autre regard (si je peux me permettre ce jeu de mot ringard).

Côté réalisation, c’est du Brian Singer pas de doute, on retrouve la même manière de filmer que dans les 2 X-Men. Côté scénario on se trouve déjà face à une première aberration : faire jouer tout le film en anglais ! De qui se fiche t’on ? Le film ouvre sur une bataille opposant les allemands aux anglais et tous parlent anglais, quel ridicule ! C’est horripilant au possible, surtout lorsqu’on a le mauvais goût de faire durer la plaisanterie  deux heures.

Concernant le scénario, Brian Singer adepte des histoires où le mal suinte, où les personnalités sont souvent sur le fil, dans l’hésitation de basculer vers une éthique ou une autre (X Men), s’attaque ici à la chance du diable ou comment Hitler est parvenu à échapper à 15 attentats contre sa personne venant d’Allemands. Sujet intéressant s’il en est mais sans pertinence pour les Allemands. Le génocide juif et l’œuvre d’Hitler sont probablement la page d’histoire sombre la mieux assumée par un pays en un temps record. Donc si B.Singer fait un film pour dire que les Allemands aussi avait compris qu’Hitler était une plaie et qu’ils ont essayé de se rebeller, c’est inutile, et la mention à la fin du film des quelques lignes inscrites sur le mémorial de l’holocauste à Berlin n’a aucune pertinence.

Concernant le casting, si Kenneth Brannagh ou Terence Stamp s’en sortent honorablement, je ne peux pas approuver le choix de Tom Cruise pour incarner le comte Stauffenberg. On peut reconnaître que Cruise se maîtrise pour ne pas en faire trop, ne pas être grandiloquent, mais cela ne fonctionne pas. Il aurait mieux tenu le rôle d’Hitler. Stauffenberg était un allemand assez grand, svelte, au front dégagé qui avait perdu un œil lors d’une bataille au Maghreb. Je sais qu’on n’est pas obligé de faire ressembler l’acteur au personnage qu’il incarne, mais le problème c’est que Cruise a tout fait pour lui ressembler : ses cheveux bien peignés et plaqués ne demandent qu’à rebiquer, son œil est bien trop vivant derrière son cache et que dire de sa taille ? Je m’en dispenserai c’est trop facile (mais c’est tentant). Cet œil et ces moignons rapportés de la bataille de Tunis parlons-en, il eut été plus intéressant de faire un film sur l’incroyable habilité du chirurgien (Ernst Ferdinand Sauerbruch) que sur ce noble allemand qui n’a voulu renverser le Fuhrer que parce qu’il n’était pas l’homme adapté à la direction de l’Allemagne.

Ne l’oublions pas, Singer fait ici l’apologie d’un homme qui est ouvertement fasciste, écrivant par exemple à sa femme à propos des polonais : « La population est une incroyable populace, très nombreux Juifs et très nombreuses personnes qui ne sont pas de race pure. Un peuple qui ne se sent bien que sous le knout. Les milliers de prisonniers vont faire vraiment du bien à notre économie agricole. En Allemagne ils pourront sûrement être bien utilisés, vaillants, obéissants et qui se contentent de peu ».

Et c’est bien ce que je reproche à ce film, passons outre le côté lisse et pseudo-pédagogique du film hollywoodien (les américains ne connaissent déjà pas bien l’histoire européenne alors cet épisode…), B. Singer l’homme qui aime tant les films manichéens bien travaillés n’a absolument pas mis en relief cet aspect de la personnalité de Stauffenberg. Son film laisse penser que, parce qu’il revient d’une bataille avec des moignons et un œil de verre, il va soudain prendre conscience du mal qui règne. Le film collectionne les scènes concentrées sur la gestion des nouveaux handicaps de Tom Cruise, mais toujours de la même manière. Il eut été intéressant de consacrer quelques scènes au regard nouveau que les autres portent sur Stauffenberg (là on ne se concentre que sur sa vision à lui) : un homme qui n’est pas « normal » inspire beaucoup plus de méfiance, en particulier sous un régime prônant l’existence d’une race arienne !

Ce film est trop long (1h50), trop lisse, montrant essentiellement des plans de discussions sur la stratégie à adopter pour faire mourir Hitler. Ce film est aussi mensonger, comportant plusieurs inexactitudes sur cette page de l’histoire (à commencer par le nombre d’enfants de Stauffenberg !) : soit on fait un film retraçant un événement historique et on le fait correctement, soit on fait un film de fiction librement inspiré de faits réels et on l’affirme.

B. Singer avait déjà raté son Superman, il serait temps de se ressaisir avant de se faire classer dans la catégorie des espoirs ratés. Aucune bonne raison de voir ce film.

Note : 4/10.

 

LA BANDE A BAADER – Uli Edel décembre 18, 2008

Classé dans : Chroniques Cinéma — Violette Roll @ 1:06
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Film allemand / Biopic / 2008

On pourrait caractériser les dernières années de création cinématographique comme l’ère du Biopic. On nous a servi les fictions retraçant des parcours musicaux (I’m not there, La môme, Control…), de show-bizz (Coluche, Sagan…), politique (Mesrine, Hunger, Il Divo…). Le cinéma d’ex-RDA revisite lui aussi l’histoire en se concentrant sur l’époque pas si éloignée d’« avant la chute du mur». Et jusque là quelques pépites nous avaient ravis : Goodbye Lenine, La vie des Autres… c’était bien filmé avec un style intéressant, c’était pétillant et dynamique, c’était poignant. Alors pourquoi la sauce n’a t’elle pas pris avec La Bande à Baader ?

Uli Edel est expatrié aux USA, selon ses dires il a voulu faire ce film pour expliquer cet événement à son fils qui ne les a pas connu. Premier problème : ce film retrace les grands faits jalonnant l’histoire d’Andreas Baader, Ulricke Meinhof, Gudrun Ensslin et leurs disciples, factuellement, sans prise de position aucune, sans apporter un minimum de réflexion. Or c’est parfaitement impossible en cinéma de vouloir rester objectif : il faut prendre partie, reconstituer et interpréter les cheminements de chacun. Cela s’appelle rédiger un scénario et un script, cela empêche de tourner un film sans savoir ce qu’on veut et où l’on va.

Second problème découlant du premier : aucun mise en perspective des événements sociaux, politiques et économiques du pays lorsqu’éclatent les premiers attentats. Comment réussir à replacer les événements dans leur contexte ? Le fils d’Edel ignore donc uniquement l’épisode Baader et connaît le reste sur le bout des doigts ? Edel a confondu « points clés » et « points d’orgue ». Edel s’est concentré sur les points d’orgues : manifestation contre la venue du Shah, attentats, arrestations, tribunal. Les points clés de l’affaire Baader auxquels il aurait intéressant de s’attarder ne sont absolument pas abordés : si l’on se contente du film de Edel, on pourrait croire que ce qui pousse ces jeunes adultes à prendre les armes c’est le mécontentement qu’ils ont à voir débarquer le Shah en Allemagne. Or ce n’est que la suite logique d’une série de frustrations, incompréhensions, mal-être qui sous-tendait depuis plusieurs années. Les scènes au tribunal sont parfaitement décousues et incompréhensibles. On a sans cesse l’impression que le film survole et avorte le déroulement des faits.

Enfin troisième faute absolue : faire durer la mascarade pendant deux heures et demi ! On se sent pris au piège d’un mauvais exposé, un séminaire pitoyable ou tout simplement un pénible manuel d’histoire de secondaire. On ressort en ne sachant pas sur quel pied danser, en ayant compris la moitié du film seulement.

Techniquement parlant en revanche, les attentats sont plutôt bien réalisés, bénéficiant de gros moyens. Quant au casting d’acteurs il est également plutôt cohérent. Si vous avez du temps à consacrer à L’affaire de la bande à Baader, alors concentrez-vous pendant deux heures à lire un livre de qualité (et imagé).

Note : 5/10