Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

MARIE FLORE – More than thirty seconds if you please octobre 19, 2009

Chanteuse parisienne / Rock rétro – Pop minimaliste / Autoproduit

Rock en Seine 2009, je m’ennuie comme un rat mort devant des prestations scéniques toutes plus affligeantes les unes que les autres. Lorsque sans prévenir je croise quelqu’un qui a le bon goût de me glisser le mini-album de Marie-Flore entre les mains…

A la première écoute, on pense à une chanteuse venue du froid, une petite suédoise à l’orchestration minimaliste, épurée et mélancolique.  Cette voix légèrement fêlée rappelle étrangement  Cat Power (Trapdoor) mais l’on sent immédiatement que Marie-Flore ne copie pas, elle a simplement le même timbre, sa voix sort telle quelle, ainsi soit-il. Et contrairement à Chan Marshall, les titres de Marie-Flore s’ils sont parfois mélancoliques, ne sont jamais dépressifs ou déprimants, jamais de pathos. La créature est fragile d’apparence, d’apparence seulement. Les lignes de batterie ont l’efficacité et la simplicité des meilleurs Janis Joplin,  c’est entêtant comme les meilleures pop des seventies… Marie-Flore et son prénom désuet semblent tout droit sortis d’une autre époque. Les duos avec des voix masculines (dont je n’ai pas trouvé les interprètes) sont d’autant plus touchants qu’ils sont d’une sobriété déconcertante. Notamment Empty Walls qui ne comporte que trois accords de guitare et synthé pour magnifier les deux voix  qui viennent vous chatouiller le bas de l’épine dorsale. Vous avez le titre dans le crâne pendant trois jours, vous pourriez regarder la pluie tomber derrière les carreaux pendant des heures.

Et c’est avec délectation qu’on a la confirmation que cette jeune-fille frêle est bien française. Presque l’intégralité du disque est chantée en anglais mais l’on trouve quelques passages dans sa langue natale qui tombent justes, pas de fioritures, pas d’emphase… Simplement sa voix et quelques orchestrations qui habillent l’ensemble. Le dernier titre est probablement le plus complexe, Gregg Foreman ayant monté un groupe à Philadelphie autour de Marie-Flore : les Rare Birds. C’est sur ce titre splendide aux mélodies pop-rock dignes des plus grands que Marie-Flore consent à chanter timidement en français.

Alors oui, définitivement oui, on lui accorde bien plus que trente secondes d’attention. Nul doute que cette artiste va aller loin, on lui souhaite de gravir les échelons avec autant de modestie et d’assurance qu’elle en a aujourd’hui. Petit à petit l’oiseau fait son nid, Gregg Foreman a vu juste, Marie-Flore est un oiseau rare, qui n’a pas besoin de cage (ou de label) pour démontrer qu’elle est talentueuse et prochainement, on viendra la chercher pour participer à de belles et grandes épopées musicales.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : Vous pouvez vous procurer son album via son Myspace, vous ne serez pas déçus !

N.B. 2 : Vous pouvez retrouver d’autres chroniques qui partagent mon avis chez Arbobo

N.B. 3 : Marie-Flore sur scène ? Mini-reportage !

 

MATT BAUER – The Island moved in the Storm février 21, 2009

Classé dans : Chroniques Musique — Violette Roll @ 8:02
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Folk / USA / Autoproduit

La pochette fait froid dans le dos, mettant en scène l’histoire de The Tent Girl, une jeune femme retrouvée noyée enveloppée dans un drap (dont je vous recommande chaudement le récit dans la version kitchissime et désopilante de ce site Internet). Matt Bauer porte cette jeune femme, tel un colosse évadé de prison (tête nue, barbe touffue), peut-être sa manière à lui d’exorciser de vieux souvenirs avec lesquels il a grandi dans le Kentucky. Ca décontenance un peu avant d’écouter le disque… Et pourtant, une fois l’album englouti par votre mange-disque, vous aurez du mal à vous en défaire.

Matt Bauer livre une folk mélancolique qui, dès les premiers accords, vous fend le cœur en autant de morceaux que le disque compte de titres : plus c’est triste, plus c’est beau, plus on a envie de l’écouter et plus on est paradoxalement détendu. Les voix féminines de Mariée Sioux ou Alela Diane viennent s’ajouter régulièrement à la voix rauque et puissante de Matt Bauer, qui apparaît rapidement comme quelqu’un dans les bras duquel on a une irrépressible envie de venir se lover. Que ce soit au banjo (Foxgloves) ou à la guitare (Floride Rain), les accords de Matt Bauer, orchestrés tout au plus par des rythmiques discrètes ou des claps, sont habiles et sans prétention. On en oublierait notre coup de cœur pour Bon Iver. Seize titres qui passent très vite, on a immédiatement envie de réécouter l’ensemble. Quant à recommander quelques morceaux, la tâche est ardue tant l’album forme un ensemble de qualité… Rose and Vine pourrait cependant être une belle synthèse du talent de Monsieur Bauer.

Un album a se procurer d’urgence, car s’il est mélancolique, cet album est néanmoins capable d’égayer vos journées les plus ternes.

Allez, ne lésinons pas, note : 9/10

 

ARCH WOODMAN – Drapped Horse Blue Licorne Argentée Feather Blue janvier 19, 2009

Folk-rock / Groupe français / 2009 / Autoproduit

Tombée sous le charme au Nouveau Casino, voilà enfin l’album d’Arch Woodman. Et force est de constater que ce qui m’a surprise et convaincue sur scène se retrouve tout autant dans l’album.

Alors en voyant le titre de ce premier disque, on pourrait que le jeune se la joue supra-arty-hype-machin-chouette à la parisienne… Mais non, l’opus est certes soigné, mais pas alambiqué pour autant. D’ailleurs les titres ont des appellations très simples, eux. Et puis il n’est pas parisien mais breton. Et comme dit le proverbe : Tout est bon dans le breton !

L’ambiance légèrement mélancolique, créée à l’aide d’une guitare, d’interventions ponctuelles d’instruments à vent, de carillons et d’une voix feutrée qui accompagne le tout pour mieux mettre en valeur les mélodies entrainantes, parfois même étourdissantes. Le soutien d’une voix féminine sur We were HuntersPenfriends ou Horse Trapper est bienvenu. Slowly singing, pièce maîtresse du disque avec ses 12 minutes, est une belle synthèse des évolutions à la fois calme et plus nerveuses dont est capable le jeune groupe.

 Le disque totalise 38 minutes, et chaque seconde a ici a toute sa place pour une raison simple : Arch Woodman est perfectionniste. Car il s’agit bien de qualité ici, les voix et les rythmiques s’effacent au profit d’arrangements soignés, on reconnaît un amoureux du son avant tout. Il y a quelques années, on avait fait les mêmes remarques à propos d’un certain Syd Matters… vous saisissez ? Souhaitons à Arch Woodman autant de succès que ses aînés (Pokett, Do Make Say Think sont aussi des références perceptibles tout au long de l’opus). L’année 2009 commence en douceur et en beauté. 

Note : 8/10

 

PAMELA HUTE – Turtle tales from Overseas (sampler) décembre 28, 2008

Rock électrique/ trio français / 2009 / Autoproduit

Si l’on se tient à la définition stricte du rock, Pamela Hute ne peut pas concourir dans cette catégorie. Une guitare, une batterie et un synthé : il manque une basse et pourtant il s’agit véritablement de musique rock et la basse ne manque nullement.

C’est frais, c’est énergique, c’est un soupçon sombre et c’est terriblement dansant. Batterie efficace et épurée comme dans les années 80, lignes de guitares raffinées remplissant l’absence de basse et une voix féminine au timbre un peu grave et aguicheur. Oubliez toute fioriture inutile, Pamela Hute évolue dans un univers qui s’est débarrassé de tout ce dont on nous rabat les oreilles actuellement : le faussement original. Tel un funambule, le trio a su mesurer chaque proportion d’insolite, d’émoi et de délicatesse pour ne pas tomber dans le maniérisme. C’est difficile à expliquer mais je dirais qu’ils touchent au spleen, une émotion puissamment mélancolique qui est pourtant animée d’une fulgurante pulsion de vie… Pink Safari est probablement le titre le plus significatif de la manière dont Pamela Hute est capable de vous tenir aux tripes : la voix rappelle du Portishead en moins plaintif et nombriliste… Epuré je vous l’ai dit.

Quel est l’intérêt d’avoir un album dont la moitié est à jeter ? Le sampler de Turtle tales from Overseas ne comporte que cinq titres (sur les 13) mais ils ont le mérite d’être tous efficaces et concentrés en énergie. Gageons que le reste sera à la hauteur de cette mise en bouche… verdict final en 2009.

Note : 7,5/10