Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

ED LAURIE – Small boat Big sea… novembre 11, 2009

Artiste britannique / Folk / Tôt ou Tard

Il est rare que j’apprécie les disques qu’on prend la liberté de m’envoyer sans demander mon avis avant (cf. Asyl). Ajoutez à cela un nom qui ne donne pas envie d’enfourner le disque dans la platine et Ed Laurie semble le parfait artiste bien parti pour finir dans mes oubliettes de la musique. Et pourtant, je reste retenue par la pochette et un titre attrayant.

Ed Laurie s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs songwriters de folk classique. Celle qui vous ballade, vous repose, vous laisse songeur quel que soit le paysage sous vos yeux. Rappelant Hugh Coltman par son timbre de voix envoûtant et naviguant entre des orchestrations évoquant Cesaria Evora, Chet Baker ou Django Reinhardt, Ed Laurie signe douze titres mélancoliques et émouvant juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans le caricatural et sirupeux. Où que l’on soit, on prend le large, on s’évade l’instant d’un disque. L’une de mes favorites est la très orchestrale Never the same day twice qui vous plonge dans une aventure plus ou moins agitée.

Le mot clé de cet opus reste qu’il est reposant, ce qui dans nos sociétés urbaines, devient un luxe dont il faut savoir se délecter dès que l’occasion se présente. Attendons la suite de cet anglais charmant – desservi par son nom – pour continuer de partir vers de nouvelles destinations.

Note : 7,5/10

 

CENTENAIRE – The Enemy novembre 10, 2009

Groupe parisien / Folk – Avant-rock / Chief Inspector – Clapping music

L’écoute d’un disque et la découverte d’une splendeur tiennent parfois à peu de choses. Lorsque mes yeux tombent sur la pochette incompréhensible du disque promo de Centenaire, j’en suis à ma sixième heure de montage pour les émissions radiophoniques à venir dont j’ai la charge. Le nom m’évoque vaguement quelque chose. De retour chez moi, je constate avec désolation que le disque est dans mon ordinateur depuis des mois mais que, envoyé sous forme numérique il était passé à la trappe. Probablement reçu à un moment où j’avais beaucoup d’autres choses à faire… Je décide alors d’avoir une première écoute de l’album en faisant la vaisselle. J’en ai cassé un verre. Chronique de rattrapage d’un disque qui ne doit pas passer inaperçu.

Sept pistes, sept magnifiques titres qui ne doivent pas être assimilés à tort à un EP ou album trop court. Non, le travail de Centenaire est une réflexion parfaitement construite et épurée. Oui l’œuvre de Centenaire est un album complet et abouti.

On entre dans l’univers de Centenaire avec Weelchair qui vous donne tout sauf envie de rester assis et égale les meilleurs morceaux de Grizzly Bear (si si…), on en ressort avec un morceau tout aussi pop-folk (Back Home). Ente les deux s’est produit un petit cataclysme, une sorte de tornade qui vous ébouriffe les oreilles (The Enemy, Farmers Underground, A Cure). Des titres noirs aux riffs de guitare acérés, aux enchaînements de rythmiques d’une rigueur implacable, aux nappes de clavier et basses hypnotiques. Le titre le plus significatif pour moi est sans conteste Testoterone qui combine douceur et accès de violence comme en est capable cette hormone masculine dans la vie de tous les jours. Brouillage des pistes, on ne sait plus sur quel continent on est et c’est tant mieux.

Tout heureuse que j’étais d’être parvenue à convertir mes meilleurs amis à des disques incontournables pour 2009 comme Aufgang, The Limes ou Marie-Flore, j’en avais oublié de voir qu’ils clamaient tous leur engouement pour Centenaire. Retour d’ascenseur et Mea Culpa. Les ennemis ne sont jamais là où on les attend…

Note : 8,5/10

Autres chroniques sur Words and Sounds, Playlist Society ou Branche ton Sonotone

 

BOULBAR – Requiem pour un champion novembre 9, 2009

Artiste français / Chrooner – Jazz / Roy Music

Quel lien y a t’il entre un jeune chanteur français, un boxer américain, une jeune fille frivole attirée par l’argent ou un vieux snack-bar sur l’autoroute ? Boulbar et un très bel album réédité chez Roy Music (après avoir été autoproduit). Après la bande dessinée au cinéma, laissez-moi vous présenter la bd au casque…

Requiem pour un champion est plus qu’un disque, c’est une épopée tragique et moderne qui vous fout un cafard terrible doublé d’un puissant amour de la vie et de ses emmerdes. Jack Ranieri, ancien boxeur à la gloire éphémère, tient un snack-bar sur l’autoroute, au milieu de nulle part. Un jour il vient à passer une oreille attentive et Jack raconte comment il en est arrivé là, pourquoi la boxe c’est fini, comment il a fait de la taule, où il est tombé amoureux…

Une orchestration jazz-blues classique et classieuse piano-contrebasse-batterie accompagne une voix qui se fait plus originale, oscillant entre les influences de Gainsbourg (phrasé et nonchalence), Grand Corps Malade (dans ce qu’il a apporté d’intéressant au slam), Miossec (détermination dans le propos) ou Dominique A (amour des rimes un peu faciles). Ce qui est poignant, presque troublant, ce sont les textes : pas une once d’humour, pas un trait de légèreté permettant de respirer…non Boulbar n’a pas fait comme son collègues Florent Marchet, ce qu’il raconte est noir, glauque, triste, une descente directe vers la vie dans ce qu’elle a de plus triste et déprimante. Exercice difficile de ne pas tomber dans le pathos lorsqu’on raconte la déchéance d’un homme qui s’est réduit à néant par ses seuls choix de vie.

A l’écoute de cette aventure tragique, on pense aux films de Clint Eastwood (la Mustang, la boxe, la petite frappe, les paysages à vous couper le souffle par leur beauté sans concessions…), on a en tête des polars retraçant les péripéties de voyous attachant pour qui on n’éprouve pas de pitié mais de la compassion (Bonnie Parker & Clyde Barrow, John Dillinger, Jacques Mesrine & Charlie Bauer, Billy the Kid…). De cette histoire noire, on a soudain des images en sépia qui nous apparaissent, ce sont bien des planches de bandes dessinées, on n’a seulement les images principales, quelques scènes et discussions… pas étonnant que Boulbar ait collaboré à un projet avec Vincent Gravé qui a choisit de développer une partie de l’histoire simplement suggérée (un hold-up raté).

On pourrait simplement parfois regretter que Boulbar n’ose pas aller jusqu’au bout de certaines démarches. Les titres terminent souvent un peu trop secs (surtout les derniers), les textes en anglais sont moins intéressants que les paroles en français (surtout que l’accent laisse franchement à désirer, notamment sur Le rêve américain) et le vocabulaire mériterait d’être parfois plus littéraire, plus fouillé et recherché. Quelques figures de styles ne seraient pas malvenues, pour cela Boulbar devra travailler sur sa capacité à distinguer les textes aux fioritures inutiles des discours complexes mais raffinés qui apportent une valeur ajoutée certaine.

C’est quoiqu’il en soit un très beau disque, qui mérite que l’on y revienne plusieurs fois. Et, dans cette détresse affective et sociale, dans cette noirceur intransigeante, on arrive à ressortir de cet album étonnamment calme et apaisé. Le feu de la rage s’éteint, la colère s’estompe, on ravale ses larmes et l’on va de l’avant. Parce que la vie c’est ça, du malheur à la pelle ponctué de moments de bonheur fugitifs qu’il faut savoir attraper, emprisonner dans sa mémoire pour pouvoir vivre heureux quoi qu’il arrive.

Note : 8/10

Sortie le 9 novembre

Pour une chronique plus longue et rédigée par la gent masculine, essayez La Quenelle Culturelle

 

THE LIMES – s/t octobre 26, 2009

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

 

MARIE FLORE – More than thirty seconds if you please octobre 19, 2009

Chanteuse parisienne / Rock rétro – Pop minimaliste / Autoproduit

Rock en Seine 2009, je m’ennuie comme un rat mort devant des prestations scéniques toutes plus affligeantes les unes que les autres. Lorsque sans prévenir je croise quelqu’un qui a le bon goût de me glisser le mini-album de Marie-Flore entre les mains…

A la première écoute, on pense à une chanteuse venue du froid, une petite suédoise à l’orchestration minimaliste, épurée et mélancolique.  Cette voix légèrement fêlée rappelle étrangement  Cat Power (Trapdoor) mais l’on sent immédiatement que Marie-Flore ne copie pas, elle a simplement le même timbre, sa voix sort telle quelle, ainsi soit-il. Et contrairement à Chan Marshall, les titres de Marie-Flore s’ils sont parfois mélancoliques, ne sont jamais dépressifs ou déprimants, jamais de pathos. La créature est fragile d’apparence, d’apparence seulement. Les lignes de batterie ont l’efficacité et la simplicité des meilleurs Janis Joplin,  c’est entêtant comme les meilleures pop des seventies… Marie-Flore et son prénom désuet semblent tout droit sortis d’une autre époque. Les duos avec des voix masculines (dont je n’ai pas trouvé les interprètes) sont d’autant plus touchants qu’ils sont d’une sobriété déconcertante. Notamment Empty Walls qui ne comporte que trois accords de guitare et synthé pour magnifier les deux voix  qui viennent vous chatouiller le bas de l’épine dorsale. Vous avez le titre dans le crâne pendant trois jours, vous pourriez regarder la pluie tomber derrière les carreaux pendant des heures.

Et c’est avec délectation qu’on a la confirmation que cette jeune-fille frêle est bien française. Presque l’intégralité du disque est chantée en anglais mais l’on trouve quelques passages dans sa langue natale qui tombent justes, pas de fioritures, pas d’emphase… Simplement sa voix et quelques orchestrations qui habillent l’ensemble. Le dernier titre est probablement le plus complexe, Gregg Foreman ayant monté un groupe à Philadelphie autour de Marie-Flore : les Rare Birds. C’est sur ce titre splendide aux mélodies pop-rock dignes des plus grands que Marie-Flore consent à chanter timidement en français.

Alors oui, définitivement oui, on lui accorde bien plus que trente secondes d’attention. Nul doute que cette artiste va aller loin, on lui souhaite de gravir les échelons avec autant de modestie et d’assurance qu’elle en a aujourd’hui. Petit à petit l’oiseau fait son nid, Gregg Foreman a vu juste, Marie-Flore est un oiseau rare, qui n’a pas besoin de cage (ou de label) pour démontrer qu’elle est talentueuse et prochainement, on viendra la chercher pour participer à de belles et grandes épopées musicales.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : Vous pouvez vous procurer son album via son Myspace, vous ne serez pas déçus !

N.B. 2 : Vous pouvez retrouver d’autres chroniques qui partagent mon avis chez Arbobo

N.B. 3 : Marie-Flore sur scène ? Mini-reportage !

 

MY GIRLFRIEND IS BETTER THAN YOURS – Foreplay EP octobre 12, 2009

Duo parisien / Folk / Chicrodelic – Discograph

Il est des histoires d’amour qui sonnent vrai, justes comme il faut. En général c’est celle que l’on attend pas/plus. Olivier et Laurie en ont fait les frais… pour le grand plaisir de nos oreilles. Le premier fruit de leur union est à leur image : simple et raffiné.

Lui c’est Olivier Marguerit, le type dont les yeux bleus glaciers feraient fondre les neiges éternelles du Kilimandjaro. Celui que je croise presque toutes les semaines à des concerts sans jamais avoir été fichue de me faire une réflexion simple : il joue dans (presque) tous mes groupes parisiens préférés. Fugu et ses mélodies pop rigolotes, Syd Matters dont on retrouve sur cet EP la filiation directe des mélodies planantes et des cœurs, Chicros par-dessus tout et sa guitare cowboy… Bref on m’envoie son disque et il m’a fallu le croiser par hasard (et oser lui parler pour entendre le timbre de cette voix) pour me rendre compte que pas un jour ne passe sans qu’il soit le temps d’un titre dans mes oreilles.

Elle c’est Laurie Lassalle, la fille dont je serais forcément jalouse si j’étais célibataire. Elle porte le même prénom qu’une chanteuse pour ado, mais avec une orthographe cent fois plus raffinée, elle a des propos piquants comme un excellent pecorino de 36 mois d’affinage, elle chante d’une douce voix un peu moqueuse. Bref elle me plaît.

Leur premier bébé, Foreplay, comporte huit titres à l’image de ses parents : des textes piquants, des mélodies douces-amères, des voix rassurantes et espiègles. La pochette d’abord vous provoque avec ses seins et son pénis dressé en oblique vers ces derniers, prenant ainsi le contrepied de bon nombre de duos musicaux cul-culs et/ou dégoulinants dont on se passerait volontiers. Ainsi on trouve la version « Je suis un musicien et j’invite ma copine qui n’a pas de talent » avec Binki Shapiro et Fabrizio Moretti dans Little Joy, la version « on n’est même pas un couple mais on fait un duo pour tenter de donner un autre souffle à nos carrières » avec Lilly Allen et Ours, la palme revenant à Julien Doré et Béatrice Martin pour leur version « on casse les oreilles du monde entier chacun de notre côté, mettons-nous y à deux pour leur exploser définitivement les tympans et les nerfs ».  Autant de mauvaises références leur donnant d’autant plus de légitimité à affirmer que My Girlfriend Is Better Than Yours et d’obtenir un label de mon cru d’Appellation de Groupe d’Origine Contrôlée. Les titres sont catchy au début (avec ruptures de rythme à la Chicros) et évoluent vers des balades-berceuses joyeusement inspirées de Syd Matters. Les samples (Before my Memory) et autres délicatesses auditives (sirène de pompier, Casios…) apportent une touche arty mais classe. Les deux comptines qui clôturent cet album permettent de vous plonger dans des rêves délicieux tout en gardant à l’esprit que le mignon c’est bien gentil mais le cruel c’est quand même bien plus drôle : Un jour la terre sera dévastée… mais on se sera bien marrés avant, maintenant petit EP, au lit, tes parents doivent concevoir et produire un disque !

Note 8/10

 

THE RAVEONETTES – In and Out of Control octobre 7, 2009

Duo danois / Pop – Rock / Fierce Panda

Déjà presque dix ans d’existence pour The Raveonettes, un duo-couple qui tient la route. In and Out of Control est leur cinquième opus, un tous les deux ans, une bonne régularité permettant de ne pas s’essouffler ?

Révélés par leur Pretty in Black (2005) truffé de collaboration fructueuses, notamment avec Moe Tucker (The Velvet Underground) et Ronnie Spector (The Ronettes), leur disque suivant avait terminé de nous rendre accro au groupe (Lust Lust Lust en 2007 et ses prestations scéniques époustouflantes aux Routes du Rock version hiver et été). A l’annonce d’un nouveau disque, on attendait donc la nouvelle pépite avec grande confiance. Après l’amour et la luxure, les drogues et les hallucinations délicieuses, le duo glacé s’attaque aux mêmes sujets du côté obscur. Ce qui était Pretty in Black devient « Dark », ce qui n’était que Lust Lust Lust se mue en « Break up » ou « Break out ». Ca donne Suicide, Last Dance, Gone forever ou Oh, I Buried You Today pour le côté « joie de vivre » et Boys Who Rape (Should Be Destroyed), Heart of Stone, D.R.U.G.S, Break Up Girls ! et Wine pour l’aspect « optimisme, bonté humaine et plaisirs de la vie ».

Malgré ces titres peu engageants, l’ensemble reste terriblement entraînant et pêchu (sauf Wine déprimante à souhait), spirale revisitant les coins les plus tristes et ténébreux de nos cerveaux tristes mais libérant les corps. Bang ! vous envoie d’emblée un coup au plexus pour vous faire quitter votre chaise ; Suicide glisse comme une vodka-tatin : forte mais masquée par beaucoup de sucres ; Last Dance ne donne qu’une envie, celle de continuer de danser… Les influences 60’s ne se sont pas fait la malle, c’est toujours aussi bien fignolé.

Mais… Il y a un « Mais » d’importance cette fois, un de ceux qu’on ne peut pas éluder. The Raveonettes, c’est beau, c’est sympa, ça provoque une adhésion quasi-mystique sur scène mais ce nouvel album, alors qu’il se propose de revisiter les recoins de nos âmes, est en dépourvu justement, d’âme. C’est trop bien terminé, trop bien respectueux des aînés Phil Spector ou Jesus and Mary Chain, trop propre pour parler de suicide, trop clean pour aborder les drogues. On est comme en face de ses dix doigts ressortant d’une manucure Dior : on a peur d’utiliser nos doigts de peur d’écailler le vernis… Et d’ailleurs la véritable réflexion qu’on se fait c’est « Depuis quand je suis le genre de pouffe qui va se faire faire une manucure ? ».

Un album qui contrairement aux deux précédents, ne restera pas longtemps dans nos platines car il s’avère très vite lassant. L’album porte mal son nom, il n’est jamais Out of Control et ne donne jamais l’impression d’être spontané, à l’image de la pochette du disque d’ailleurs, plus calculé tu meurs. Mais nul doute que sur scène, ça sera toujours aussi beau.

Note : 7/10

Sortie début octobre

 

RONE – Spanish Breakfast octobre 2, 2009

Artiste parisien / Electronica – Minimal / Infiné

3 mars : Mon corps prend un coup de vieux, mon mental a du mal à s’en remettre et il me faudra… six mois avant de parvenir à écrire sur Rone. C’était un beau cadeau d’anniversaire ce disque pourtant. Allons, rattrapons le temps perdu.

Dans la panoplie des artistes électro français, on n’en connaît assez peu capables d’affronter l’international. Zombie Zombie ou Turzi bien sûr, l’exilé Dantom Eeprom probablement… auxquels il faudra désormais intégrer Rone. C’est sous protection d’Agoria et signé chez le prestigieux Infiné qu’il nous livre (enfin) son premier opus après un EP remarqué (La Dame Blanche).

Electronica classieuse et minutieuse, structuré par une Intro, une Outro et un Interlude, avec Rone la plongée se fait douce et hypnotique. Le temps semble se démultiplier, on est propulsé dans des rêveries agréables sans angoisses. Le saxophone fait régulièrement des apparitions tel un phare, pour nous guider à travers ces mélopées minimal. On passe une nuit éveillée dans l’optique de déguster un petit-déjeuner espagnol mais c’est pourtant Paris que l’on revisite. Belleville et ses sonorités asiatiques, Bora et ses conseils littéraires tout droit sortis du café des Editeurs (La seule chose qui ait de la valeur c’est quand tu es capable de faire un chapitre comme celui-là, ça mérite que tu vives, tu peux vivres pour écrire ça) ou Tasty City et ses quais au petit matin, quand Paris est calme. Outro sonne comme la fin de l’insouciance, le stress va bientôt recouvrir la ville de sa chape de plomb, on étouffe, mieux vaut partir se coucher en rattrapant un marchand de sommeil avare.

Seules ombres au tableau, cette pochette hideuse et la durée du disque un peu ric-rac… ce dernier point étant excusé par sa qualité irréprochable (pas une seconde n’est superflue). Un très bel album, probablement l’un des meilleurs de 2009, un artiste à suivre de très près.

Note : 8,5/10

 

MELANIE PAIN – My name octobre 2, 2009

Classé dans : Chroniques Musique — Violette Roll @ 12:03
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Artiste française / Pop / Cinq7

Il y a certains matins où, lorsqu’on est une fille, on est d’humeur plus légère et tout notre être désire de la musique frivole. Mélanie Pain répond parfaitement à cette requête corporelle exclusivement féminine. Et, un matin où j’avais quitté mes apriori sur « la musique que j’aime », je me suis surprise à aimer ce disque.

Résumons, My name est un premier album, dans lequel Mélanie Pain cherche son identité : professionnelle, musicale, sexuelle… Force est de constater qu’au sortir de l’adolescence et après ce court moment où les filles sont à la fois majeures, innocentes et sûres de leurs atours, toute femme passe par cette phase d’interrogation : Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi et comment ? Période délicate, douloureuse et faisant prendre un coup de vieux radical. C’est l’âge des essais, des one night stand et autres expériences plus ou moins dégradantes. Mélanie Pain synthétise toutes les réponses que toute fille rêve d’être capable d’avoir avec certains ratés le lendemain (Peut-être pas), certains sentiments une fois loin (Helsinki), certains rêves de gamine (L’espace d’un instant). Mélanie Pain parvient à livrer une pop qui ne vire jamais dans le trop sucré, même si l’on pourrait reprocher ses titres trop mélancoliques (Sans l’ombre de toi) qui sont de trop. Son interprétation simple et touchante de Little Cowboy ou la pertinence des paroles et du ton charmeur de Ignore-moi ou La Cigarette parviennent à briser les barrières de mon petit cœur d’ordinaire bien carapacé contre la cruauté affective ambiante.

Alors certes, ne comptez pas sur moi pour trouver que les chanteuses françaises sont subitement devenues très talentueuses, non, mais plusieurs morceaux de Mélanie Pain démontrent qu’elle se hisse sans problèmes en haut du panier. Est-ce par besoin de se rassurer ou parce que cela pourrait contribuer à lui faire vendre plus de disques, la demoiselle n’avait absolument pas besoin d’un featuring avec cet insipide Julien Doré qui ne peut s’empêcher de se donner de grands airs. Le duo avec l’autrement plus classieux Thomas Dybdahl est plus intéressant mais était dispensable. La seule collaboration qui aurait méritée d’être précisée est ce dernier titre travaillé avec Phoebe Killdeer (If You Knew). On regrette qu’elle n’ait pas collaborer sur l’album de Séverin, ça aurait probablement eu du chien.

« Suis-je une femme ou une fille qui essaie et qui échoue lamentablement » (Celle de mes vingt ans) est une question qui traverse tout cerveau féminin normalement constitué jusqu’à ses trente ans où la question de « l’horloge biologique qui tourne » prend le pas sur le reste. Que souhaiter d’autre à Mélanie Pain que de garder sa fraicheur et d’oser avoir confiance en elle pour un second disque sans fioritures masculines inutiles. Quoiqu’il en soit, elle remporte son pari, beaucoup connaissent son nom à présent.

Note : 7,5/10

 

ETIENNE JAUMET – Night Music septembre 30, 2009

Classé dans : Chroniques Musique — Violette Roll @ 12:32
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Artiste français / Expérimentations Electroniques / Versatile

On le connaissait Married Monk, on le savait Zombie (l’autre Zombie étant Cosmic Neman), il nous flanquait régulièrement la chair de poule lorsqu’il accompagnait Turzi au point FMR. Le voilà seul, prêt à étaler son talent à la face d’un monde en mal de musique audacieuse. Accrochez bien vos oreilles, ne paniquez pas si vos sens sont détraqués, les baptêmes de la NASA à côté du Voyage Jaumet sont des parcours de santé pour débutants.

Pour assurer un envol de qualité, notre savant agitateur de machines électroniques s’est entouré d’un copilote de choix, Carl Craig. Appréhension au moment d’introduire le disque : le premier titre dure 20’26. Je ferme les yeux, ça ira mieux. Décollage en douceur mais ferme, en moins de quinze secondes votre cerveau navigue déjà ailleurs. Le micro crachouille, Etienne nous livre son plan de vol à travers les univers parallèles : For Falling Asleep, Mental Vortex, Entropy, Through the strata, At the Crack of Dawn… Je tente d’émettre une protestation à l’énoncé de ce dernier lieu, je crève de trouille : Jaumet je t’aime beaucoup mais je ne veux pas y passer ce soir / Soit humain et tais-toi, écoute. Pauvre être que je suis, je me fais happer avec délectation par les boucles hypnotiques. La sirène Emmanuelle Parrenin me tient la main et chante pour moi. Les premiers Ovni commencent à croiser notre route, les battements de cœur s’espacent, le plexus se libère, le cerveau laisse les pleins pouvoirs au reste du corps. Je suis le saxophone, à demi-rassurée, au bord du gouffre qui me sépare de la population terrienne, bordel ce que c’est beau !  Parlementations avec d’autres formes de vie, reflexe terrien que de vouloir se réfugier dans le paracétamol. Geste ferme d’Etienne, Ne touche à rien, tu as seulement le cerveau en ébullition, c’est que du bon. Une guitare retentit pleine de douces sonorités, les aliens ont compris, s’amusent et nous laissent nous poser.

Soudain, on se saisit de mon crâne, on y place des électrodes, je ressemble à une méduse avec tous ces câbles. On me retire du fluide formaté, on m’insère des vagues de nouveauté. C’est rond, c’est doux, c’est régulier… on va me laisser essayer de prendre les commandes du vaisseau ? Clignotants, klaxon, train d’aplanétage… Non ! il ne fallait pas toucher à ça ! Ah décidément, retourne à ta place ou je te renvoie à ta misérable vie !

Assoupissement, notre multi-instrumentiste et ingénieur du son hors-pair a tout réparé, on a quitté une galaxie pour une autre, je me réveille sous un néon violent, les pieds se muent en Minimal, je suis reliée à un défibrillateur « au cas où ».  Les tressaillements de mon corps sont normaux, je me gave de nouvelles manière de me déplacer paraît-il…

Allez j’ai été sage, j’ai gagné le droit de visiter le temple des illuminations suprêmes. Marrant car jusque là j’avais toujours eu un mauvais à-priori des sectes, celle-là est remarquable. On m’inocule le bacille de la musique psychique. Les cornemuses acclament l’arrivée d’un des leurs, Emmanuelle Parrenin entre en transe devant cet apôtre. Dieu n’existe pas, Etienne Jaumet si.

Notre dernière escale est trop courte, je ne veux plus sortir, Etienne me fiche à la porte, m’ouvre les yeux, rallume la lumière. Il a promis de revenir, de m’emmener découvrir de nouveaux horizons… Seule, hébétée, je range le précieux sésame dans mon étagère aux trésors, à côté de Turzi et Aufgang. Night Music s’écoute le jour, pour prolonger l’expérience psychédélique. Cet homme vient d’ailleurs, la planète Splendeur ?

Note : 9/10

Sortie le 5 octobre

En concert le 28 octobre au Point FMR.

Cette chronique est aussi sur Le HibOO