Auteur français / Roman historique / Grasset / 188 pages
Avec un titre aguicheur et une trame historique des plus alléchantes – 1415, la guerre de Cent ans fait rage, la Grande Peste et les famines également et tout les petits et grands seigneurs ne trouvent rien de mieux que de s’entre-assassiner – je fondais beaucoup d’espoirs dans ce court roman de Pierre Combescot qui osait enfin s’attaquer aux fondements du mythe de Barbe Bleue – non que la Petite Sirène ou Cendrillon me gonflent, mais reconnaissons que le personnage de Barbe Bleue est bien plus palpitant. Un opus heureusement court car très décevant.
Le problème majeur des romans historiques est qu’ils sont en général très/trop long, leurs auteurs voulant trop en faire, caser un maximum de détails prouvant la supériorité de leur ouvrage sur les autres, etc… Pierre Combescot réussit ce petit exploit d’être à la fois ennuyeux et d’étaler sa science en moins de 200 pages.
Pierre Combescot balaye une période allant de l’avant à l’après mort de Gilles de Rais, son personnage censé être le principal. Dans sa volonté de vouloir en replacer le plus possible avec le moins de paragraphe, on ne comprend plus rien à moins de connaître tous les protagonistes des conflits et enjeux. Un arbre généalogique n’aurait pas été superflu. Se recentrer sur le personnage était de rigueur, qu’importe de savoir quelles alliances se faisaient et se défaisaient, elles ne servent en rien la narration. Rien non plus sur une tentative de traduire la complexité psychologique d’un homme qui a reconnu tous ses crimes (viols, meurtres, pédophilie…), reconnaissant qu’il avait agi pour son plaisir et sa délectation charnelle, tout simplement.
« Mon plaisir et ma délectation » personnelle eurent été d’avoir une fiction aussi passionnante et vivante que mes cours d’histoire d’Hypokhâgne : du sang, des descriptions précises des sévices infligés aux jeunes victimes de Gilles de Rais, les pieux des gardes suisses transperçant les chairs des cavaliers, les cadavres et gémissements des blessés… Aucune odeur n’est retranscrite, aucun frémissement de poitrine, pas de bruit de couloirs non plus… rien dans ce roman n’est vivant et stimulant, on ne vit pas ce livre. Et de ce fait cela devient plus rébarbatif qu’un mauvais manuel d’histoire.
Déception donc que de voir un écrivain ne pas être capable d’assumer d’inclure une part de fiction dans son récit. Il ne sait donc plus imaginer ? Il est pourtant précisé “roman” sur la couverture du livre, c’est bien que l’auteur devrait se sentir libre de créer. C’est alors qu’il n’est pas fait pour parler de ce troublant et fascinant personnage qu’a pu être Gilles de Rais, un homme qui tout en étant homme de culture et de goût (intérêt pour la musique, l’art ou dévotion chrétienne) su se révéler être le plus grand pédophile et assassin de son siècle, peut-être même de l’histoire française (on évoque plus de cent victimes).
Préférer les ouvrages historiques de Claude Gauvard sur le sujet (Violence et ordre public au Moyen-Age, Pratiques sociales et politiques judiciaires dans les villes de l’Occident à la fin du Moyen Âge).
Note : 3/10
En publiant Gomorra Roberto Saviano a accepté de mettre fin à sa vie. Pour avoir dénoncé en détail les pratiques de la mafia napolitaine, il a donné sa vie. Il n’est pas encore mort, mais déménage chaque semaine, ne sort jamais seul et est privé de toutes les petites surprises qui donnent à nos existence un soupçon de frisson et d’humanité nous distinguant ainsi des robots, esclaves ou animaux. Condamné à perpétuité à mener une vie austère et rigoureusement monotone pour avoir osé décrire le calvaire des populations italiennes sous le joug de la mafia… C’est tout cela qui ressort des deux courtes nouvelles, Le contraire de la mort et La Bague, à travers le prisme d’une jeune femme ayant perdu son fiancé en Afghanistan et le destin tragique de deux jeunes hommes morts pour avoir voulu résister à leur enrôlement dans la Camora.
Lorsqu’on pense aux romans de Jonathan Coe, on a en tête des romans fleuves, très bien écrits (Testament à l’anglaise, Bienvenue au Club,), des fictions replacées dans un contexte historique essentiel : Thatcher au pouvoir, déferlante du rock (Les nains de la mort), etc… et un humour grinçant doublé de personnages de nature loufoques (La maison du sommeil). Est-ce parce qu’il vieillit ou bien l’auteur a-t’il envie de s’essayer à un autre registre ? Toujours est-il que The rain before it falls est une courte chronique d’une femme lesbienne qui, par le biais d’un magnétophone, livre un témoignage de sa vie à une jeune femme aveugle qu’elle n’a vu que quelque fois dans sa vie. Jusque là, on se dit que les rebondissements vont fuser, que les histoires seront abracadabrantes et très drôles. Mais force est de constater (à la lecture) que le style et le ton ont changé : chronique du roman le plus tristement sombre de Jonathan Coe.
Jeudi 11 décembre 2008, je viens de renverser mon café sur les rails pour réussir à attraper le TGV, début d’une journée bien remplie. Il est à peine 8h30 et je tente de reprendre mon souffle. Lorsque je regagne ma place, l’homme en face de moi me dévisage, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Ses yeux noirs pétillent, il discute avec entrain avec ses deux collègues, son français est impeccable. Nous plaisantons depuis trente minutes lorsque je réalise que si ce visage m’est familier, c’est simplement parce qu’il fait toutes les couvertures des magazines littéraires de ces dernières semaines : j’ai pour interlocuteur pendant les quatre heures à venir Atiq Rahimi, le nouveau Prix Goncourt. Six mois plus tard, j’ai dévoré Syngue Sabour avec autant d’entrain et cette même impression de bien-être que lors de cette rencontre impromptue.
Nouvelle curiosité retrouvée grâce au déménagement, Le Livre des Listes date de 1977 (1980 pour l’adaptation) et s’avère aussi inutile qu’instructif. En effet, il s’agit d’une compilation de listes en tous genres, classées selon 20 catégories. Cela rappelle le bon vieux temps des classes prépas où l’on ingurgitait la « culture » à grand coup de bachotage et cela s’apparente parfois à un livre des records…
Les déménagements servent à retrouver quelques petits trésors. Il y a plusieurs années, j’avais dévoré d’affilée quatre romans de Nick Hornby (High Fidelity, About a boy, Carton Jaune) je les avais tous apprécié pour des raisons différentes. Mais rétrospectivement, seul How to be good me posait ce problème assez récurent lorsqu’on lit beaucoup : pourquoi donc j’ai aimé ce bouquin ? De quoi ça parle ? Alors lorsque j’ai retrouvé une traduction dans un des cartons, j’ai relu… et je n’ai pas changé d’avis. La Bonté : mode d’emploi compte parmi les belles parures de la collection de bijoux de Nick Hornby.
A l’heure où le Pape débite des conneries plus énormes que le trou de la couche d’ozone à propos des pratiques à adopter en matière de sexualité, paraît en France Zones Humides, la traduction du best-seller allemand
3 mars 2009 : je prend un an dans les dents et le jeune auteur Jean-Baptiste del Amo reçoit à l’unanimité le prix Goncourt du premier roman. Parler d’amour lorsqu’on choisit de s’appeller del Amo, c’est un peu pompeux. Sauf qu’en parler en évitant de tomber dans le style Harlequin, ça force le respect. Il ne s’agit nullement d’une autobiographie mais plutôt d’un hommage à une littérature si plaisante et trop souvent restée sous le manteau.
Oskari Huuskonen est un prêtre luthérien qui ne sait plus où il en est : sa foi n’est plus ce qu’elle était, sa paroisse et sa femme lui cassent les pieds… Jusqu’à ce qu’il reçoive un ourson en guise de cadeau d’anniversaire. Ce sera le début d’aventures rocambolesques.