Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

MOBY – Wait for Me juillet 7, 2009

Classé dans : Chroniques Musique — Violette Roll @ 12:22
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Artiste américain / Electronica / Because

Comme il y a Air la révolution de la musique électro-planante de qualité, il y a Moby la machine à musique de spots publicitaires. Alors lorsqu’on reçoit le nouvel album de Moby accompagné d’une lettre de l’auteur pour présenter le disque, on devient curieux et on fait l’effort d’insérer le disque dans la fente de la chaîne prévue à cet effet.

Après Play (1999), Moby n’avait plus produit que des musiques parfaitement calibrées pour la publicité, chaque fois un peu plus sans âme ni originalité. Dix ans après, le chauve renverse enfin la vapeur et revient avec un opus home-made. Evidemment, Because ne nous aura pas aussi facilement, je ne vais pas lire le communiqué, la lettre ni le descriptif de l’histoire des morceaux titre par titre avant d’avoir écouté l’album plusieurs fois en entier. Et le résultat n’est pas décevant.

D’abord, les titres cessent un peu d’être calibrés pour la promotion radiophonique en ayant des durées entre 55 secondes et 4,40 minutes. Il y a plus de spontanéité dans cet opus, moins d’arrangements pointilleux, les sonorités se font plus brutes (Jltf), les voix sont parfois hésitantes (Pale Horses). L’ensemble, à l’image de sa pochette, n’est pas original, mais il est reposant sans être lénifiant. Et c’est déjà beaucoup. Même si cet album reste aussi mélancolique et parfois plombant comme Moby l’a toujours fait, on sent que l’auteur respire derrière.

Dans les explications fournies par Moby morceau par morceau, on retrouve toutes les remarques que tout critique aurait pu faire de l’album, Study War pourrait être un extrait de Play2 moins intéressant que le Play original, Mistake est de loin le titre le plus conventionnel de l’album, Gost Return est un morceau « Lynchien »… Moby a une vision et une analyse assez honnête de son travail et, même si son discours est calibré (il ne cesse de répéter que le tout a été enregistré dans des conditions pourries avec un matos cheap), il transparaît une véritable satisfaction de l’auteur à vouloir livrer un travail humble, sans prétention.

Dans sa lettre présentant son travail et sa démarche, Moby parle d’une révélation survenue après un discours de David Lynch qui soutenait l’idée d’une créativité artistique comme objectif premier, émancipée de toute pression de rentabilité de l’œuvre. Qu’il ait fallu ce genre de discours à Moby pour prendre conscience que le travail premier d’un artiste ne s’inscrit pas dans une logique marchande, soit. Qu’il ait accepté de relever le défi, on ne peut s’empêcher de penser qu’il l’a fait car son portefeuille peut largement se le permettre. Qu’il accompagne son disque d’une description, ça sent la tentative d’amadouer les chroniqueurs, mais seuls les mauvais auront besoin de cela. Mais qu’il termine son courrier en demandant aux auditeurs de faire l’effort d’écouter le disque en entier et non par single, cela m’inquiète. Sommes-nous donc dans une société où l’on se fait une idée d’un travail sur un simple single ? Les émissions de télé-réalité et certaines Major produisent certes leur lot de boulets et leur flot de singles inaudibles, voire d’albums transpirant la médiocrité (Julien Doré en tête). Mais j’ose encore croire qu’il existe une majorité de population sensée, capable de discerner le bon grain de l’ivraie. Si Moby prend la peine de faire ce genre de requête, elle ne doit pas être infondée, elle me fiche le cafard c’est tout. Et du coup, je remets le disque à tourner sur la platine.

Note : 7/10

 

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