Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

SYNGUE SABOUR – Atiq Rahimi juin 30, 2009

Roman Afgan / 2008 /Prix Goncourt / POL

Jeudi 11 décembre 2008, je viens de renverser mon café sur les rails pour réussir à attraper le TGV, début d’une journée bien remplie. Il est à peine 8h30 et je tente de reprendre mon souffle. Lorsque je regagne ma place, l’homme en face de moi me dévisage, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Ses yeux noirs pétillent, il discute avec entrain avec ses deux collègues, son français est impeccable. Nous plaisantons depuis trente minutes lorsque je réalise que si ce visage m’est familier, c’est simplement parce qu’il fait toutes les couvertures des magazines littéraires de ces dernières semaines : j’ai pour interlocuteur pendant les quatre heures à venir Atiq Rahimi, le nouveau Prix Goncourt. Six mois plus tard, j’ai dévoré Syngue Sabour avec autant d’entrain et cette même impression de bien-être que lors de cette rencontre impromptue.

Syngue Sabour signifie Pierre de Patience, celle à qui l’on peut confier tous ses maux sans craintes, jusqu’à ce qu’elle éclate et libère celui qui a mal. Ici, le mange-chagrin prend les traits d’un homme dans le coma, tombé au combat en Afghanistan et soigné par sa femme qui lui confie ses secrets. Et elle lui raconte tout, sans détours, sans exception. Qu’elle ne l’aime pas pour commencer, qu’elle n’a jamais connu plus piètre amant ensuite, qu’elle ne lui a jamais donné d’enfants pour finir. La religion musulmane rythme les pages du roman, au pays des burkas une femme maudit le mollah et les remontrances qu’il se permet de lui faire. L’écriture est souvent minimaliste, ne laissant que les mots essentiels raconter une guerre civile, la souffrance d’une jeune femme et la routine de son quotidien :

« Le soleil se couche.

Les armes se réveillent.

Ce soir encore on détruit

Ce soir encore on tue. »

Ce récit, bien qu’empli de violence,  est d’une douceur et d’une poésie à toute épreuve, notamment contre le chagrin profond et lancinant. Les muscles se relâchent, le thorax se gonfle à nouveau d’air frais, le sourire reprend ses droits sur le visage, la Syngue Sabour a opéré.

Je n’oublierai jamais cette rencontre hasardeuse, ni le livre qui va avec. A lire en prenant son temps, en relisant des passages au besoin. Des livres comme il nous en manque trop souvent. Un premier roman époustouflant.

Note : 9/10

 

 

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