Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

MUSEE HAUT MUSEE BAS – Jean-Michel Ribes novembre 19, 2008

Classé dans : Chroniques Cinéma — Violette Roll @ 12:45
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Film français / Tragi-comédie burlesque / 2008

En présence de Jean-Michel Ribes

Tout le monde se souvient de la fantastique série télé Palace, de son humour grinçant, des jeunes talents qu’elle a mis en avant (Valérie Lemercier notamment, qui inaugure d’ailleurs ce mois-ci la réouverture de la salle de spectacle du même nom). Le temps a passé et Jean-Michel Ribes a voulu s’essayer au long métrage sans ses acolytes Roland Topor, Pierre Desproges ou Philippe Khorsand. Une comédie burlesque essentielle dans ce climat politico-économique stressant et morose.

Musée Haut Musée Bas s’intéresse autant aux Arts exposés dans les musées qu’aux œuvres, plus ou moins artistiques, que compose la faune des fréquentateurs de musée (groupes touristiques, écoles, gardiens, familles, étudiants…). Ribes présente une farce burlesque où se mêlent toutes les classes sociales et tous les thèmes ou poncifs se rapportant de près ou de loin à l’Art. La manière de filmer est très dynamique, parfois entêtante, pour mieux créer la mise en abyme du spectateur : je regarde un film montrant des gens qui regardent des situations montrant le travail d’artistes qui ont retranscris leur manière de voir les choses…

Mais en creux se dessine surtout une critique acerbe de « La Culture ». La culture est avant tout politique en France : pas de subvention, pas d’art – et de ce fait on choisit seulement quelques artistes. Le Musée est probablement l’un des derniers lieux de brassage social accessible à tous (car l’Opéra à 75 euros la place en réservant 6 mois avant ou les clubs offrant des concerts privés c’est hype mais pas accessible). Et ces lieux sont avant tout indispensable pour une raison : pouvoir rêver, imaginer à loisir des histoires à chaque œuvre. Il ne s’agit pas de comprendre mais de ressentir quelque chose (positif , violent, furtif… ou non), ce qui devient un luxe dans un monde aseptisé et dictateur (on nous dicte ce qui est bien ou pas, ce qui est beau ou non, ce qu’il faut penser, voter, goûter, dire, voir…). Le Musée, essentiellement étatique dans notre pays, est aussi contraint par les décisions/lubies gouvernementales annexes : le Changement Climatique ou le concept vide de Nature ou Développement Durable sont ici parfaitement transcrit et dénoncés (la Lutte des droits de la Végétation contre le génie créatif Humain).

On peut trouver plusieurs défauts au film, notamment quelques longueurs liées à l’essoufflement de certaines scènes. Ribes est un metteur en scène de théâtre et un scénariste de télévision, moins un réalisateur. Il manie comme personne le moyen métrage, moins le long. L’autre défaut vient du manque de piquant de certaines répliques, non pas parce que le script est mauvais (la patte de Roland Topor n’aurait tout de même pas été de refus), mais parce qu’il est moyennement bien interprété. Un Pierre Desproges en visiteur associant les peintres aux étages de places de parking (Velasquez – B12) aurait été plus jouissif que l’interprétation qu’en fait Daniel Prévost, à qui aurait mieux convenu le rôle de provincial n’aimant QUE les impressionnistes occupé par Gérard Jugnot (qu’on aurait pu dégager du film, lui, même s’il n’est pas complètement mauvais dans son rôle de beauf qu’il est).

Pour aimer ce film il faut avoir fréquenté les musées, en long, en large, en travers, avec des gens à qui l’on tient, avec des gens qui nous hérissent, seul en vitesse entre deux rendez-vous ou après une journée de travail éreintante ou en y ayant consacré la journée… Pour beaucoup de personnes, le Musée est synonyme de « chiant mais culturel ».

Pour aimer ce film, il faut avoir réussi à vivre un détachement par rapport à la situation. L’un des meilleurs moments de musée qui me vient immédiatement à l’esprit concerne le fiasco de tentative de visite du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers. J’étais en voyage seule avec ma mère, nous étions mortes de froid dehors (il neigeait) et étions heureuses d’arriver enfin au Musée car nous aimions les peintres flamands et avions prévu de voir les Rubens. Arrivées au Musée, il faisait aussi froid que dehors et les pièces maîtresses étaient soit en réfection, soit à Paris pour une exposition (!). Je n’oublierai jamais le fou-rire qui nous prit soudain au milieu de tous ces portraits déprimants (Anvers n’est pas pourvue d’une population riante…), nous éclations de rire devant chaque œuvre, les gardiens nous observaient médusés. Nous n’avons jamais terminé la visite, nous sommes restées à la cafeteria meublée Art Contemporain pendant plus d’une heure à boire du thé, manger des spéculos et lire un Elle qui trainait… c’est mon meilleur souvenir « culturel » je crois. Et depuis ce jour, je n’ai jamais prévu de partir en voyage pour y voir telle ou telle chose mais pour y laisser vagabonder mon esprit comme bon lui semble.

Vous l’aurez compris, pour aimer Musée Haut Musée Bas de M. Ribes, il faut avoir des souvenirs de musées, qu’ils soient bons ou mauvais. Parce que si vous vous en souvenez, c’est déjà que ça a provoqué quelque chose en vous, que ça a remué un ordre trop bien instauré. La moitié de la salle lors de la projection est ressortie déçue principalement parce qu’il ne comprenaient pas « le pourquoi » du film. Selon moi il s’agit simplement d’un ode à la l’imagination, ce « supplément d’âme » qui ne pourra jamais complètement être contrôlé par un tiers sous quelque contrainte que ce soit.

Note : 7/10

 

One Response to “MUSEE HAUT MUSEE BAS – Jean-Michel Ribes”

  1. Benjamin F Says:

    Je te conseille la critique de Rob Gordon sur le même film. Il a un avis différent du tien mais c’est vraiment une référence pour moi en terme de critiques de films :
    http://www.toujoursraison.com/2008/11/muse-haut-muse-bas.html


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