Roman britannique / Témoignage fictif / Traduction par Jamila et Serge Chauvin / NRF Gallimard / 2009
Lorsqu’on pense aux romans de Jonathan Coe, on a en tête des romans fleuves, très bien écrits (Testament à l’anglaise, Bienvenue au Club,), des fictions replacées dans un contexte historique essentiel : Thatcher au pouvoir, déferlante du rock (Les nains de la mort), etc… et un humour grinçant doublé de personnages de nature loufoques (La maison du sommeil). Est-ce parce qu’il vieillit ou bien l’auteur a-t’il envie de s’essayer à un autre registre ? Toujours est-il que The rain before it falls est une courte chronique d’une femme lesbienne qui, par le biais d’un magnétophone, livre un témoignage de sa vie à une jeune femme aveugle qu’elle n’a vu que quelque fois dans sa vie. Jusque là, on se dit que les rebondissements vont fuser, que les histoires seront abracadabrantes et très drôles. Mais force est de constater (à la lecture) que le style et le ton ont changé : chronique du roman le plus tristement sombre de Jonathan Coe.
Avant tout, je passerai vite sur la traduction, à commencer par le titre, mais il faut garder en tête qu’il ne s’agit que d’une interprétation et, peut-être que la version originale était plus piquante. Cela dit, j’ai d’emblée eu beaucoup de mal à entrer dans le roman en raison de ce titre. En bon français, la bienséance et l’élégance exigent une négation d’ornement : La pluie, avant qu’elle NE tombe. Et lorsqu’on remarque en prime qu’ils s’y sont mis à deux pour traduire, on commence à se dire que c’est mal parti – Et, blague mise à part, c’est tout de même un peu un comble de s’appeler Chauvin lorsqu’on est traducteur non ? Bref, tout cela pour dire que je m’attaquerai à nouveau à ce roman dans quelques années en anglais et que j’espère que cela sera mieux.
Le prisme de narration adopté par l’auteur est original et astucieux : une femme (Gill) et ses filles écoutent des cassettes laissées par leur tante (Rosamond) avant sa mort, lesquelles cassettes sont destinées à une autre femme (Imogen). Imogen est aveugle et a été adoptée à trois ans et ces cassettes mettent des mots sur vingt photos de sa famille biologique. La narration répond à plusieurs questions relevant du secret de famille : pourquoi Imogen a été adoptée, pourquoi Imogen est aveugle, pourquoi sa famille biologique n’a pas cherché à la contacter, quelles étaient les psycho-pathologies des membres de sa famille biologique… etc. Gill et ses filles, bien que nièce et petites nièces de la défunte, n’avaient jamais eu connaissance de tout cela et découvrent ainsi tous ces non-dits.
Le roman est sombre, poignant, l’écriture fluide… mais cela s’arrête là. On ne retrouve pas l’énergie créatrice qui caractérise d’habitude les romans de J. Coe. L’auteur semble avoir oublié cette règle simple qu’il a toujours appliqué à la lettre jusque là : du réalisme oui, de la tragédie pourquoi pas… mais du pathos jamais. Grace au second degré, au cynisme ou à l’explication transversale de certains éléments, J. Coe avait toujours permis ce détachement du lecteur, ici on ne lit qu’un très lourd et très triste témoignage qui peut vous tomber dessus sans prévenir durant votre vie. Le concept de famille est déjà suffisamment amoché dans nos sociétés actuelles, il n’est pas nécessaire d’en faire une fiction si elle n’apporte rien de plus que cela.
Est-ce l’auteur ou bien moi, lectrice, qui vieillit ? Un peu des deux surement, mais c’est bien la première fois que je ressort à la fois déçue, triste et amère d’un livre de cet auteur qui reste majeur pour moi.
Note : 6,5/10
Une vingtaine de bandes annonces, des affiches envahissant tous les espaces publicitaires possibles, c’est rarement bon signe. Et ce n’est pas Bancs Publics qui dérogera à cette règle. Un film décevant qui avait pourtant tout pour plaire.
L’élection d’Obama a provoqué dans le monde musical un grand retour de l’Afrobeat. En veux-tu en voilà, on nous en glisse partout, notamment dans l’indie de Brooklyn (Vampire Weekend, Animal Collective, Mgmt…). Il faut assurément un soupçon de culot pour intituler son groupe Les meilleurs, mais il faut également beaucoup de courage pour être à la hauteur de son titre et risquer d’être la risée du monde musical et de griller de futures cartouches. Derrière ce titre pompeux se cachent Johan et Etienne aka Radioclit, qui se sont alloués les bons services de Esau Mwamawaya, artiste du Malawi. Si vous avez été bercés par Johnny Cleg dans votre enfance, vous risquez d’apprécier.

Comme il y a Air la révolution de la musique électro-planante de qualité, il y a Moby la machine à musique de spots publicitaires. Alors lorsqu’on reçoit le nouvel album de Moby accompagné d’une lettre de l’auteur pour présenter le disque, on devient curieux et on fait l’effort d’insérer le disque dans la fente de la chaîne prévue à cet effet.
Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.
Jeudi 11 décembre 2008, je viens de renverser mon café sur les rails pour réussir à attraper le TGV, début d’une journée bien remplie. Il est à peine 8h30 et je tente de reprendre mon souffle. Lorsque je regagne ma place, l’homme en face de moi me dévisage, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Ses yeux noirs pétillent, il discute avec entrain avec ses deux collègues, son français est impeccable. Nous plaisantons depuis trente minutes lorsque je réalise que si ce visage m’est familier, c’est simplement parce qu’il fait toutes les couvertures des magazines littéraires de ces dernières semaines : j’ai pour interlocuteur pendant les quatre heures à venir Atiq Rahimi, le nouveau Prix Goncourt. Six mois plus tard, j’ai dévoré Syngue Sabour avec autant d’entrain et cette même impression de bien-être que lors de cette rencontre impromptue.
Chacun a encore en tête L.E.S. Artistes de Santigold et la reprise qu’en avait fait Lilly Wood and the Prick est probablement l’une des plus touchantes. Derrière ce patronyme au nom dans la mouvance des groupes anglo-saxons de pop – folk actuels (Tilly and the Wall, Noah and the Whale…) se cache un jeune couple parisien, Ben et Nili. Leur premier EP mérite d’être chroniqué pour des tas de raisons.
Dans la série Je suis jeune et je veux bouger mon corps sur autre chose que punk-hardcore de mauvaise facture ou de l’electro sans âme, Kap Bambino constitue un bon exemple français d’une relève énervée de qualité.
Le jour de mon cinquième anniversaire, ma mère m’a offert un livre sur Calder, me rendant accro à jamais aux mobiles colorés à la fois fragiles et majestueux d’un artiste américain hors-norme. L’exposition consacrée à l’artiste est originale, présentant seulement sa période dans la capitale française durant laquelle il s’est consacré essentiellement à la caricature.