Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

LA PLUIE, AVANT QU’ELLE TOMBE – Jonathan Coe juillet 15, 2009

Roman britannique / Témoignage fictif / Traduction par Jamila et Serge Chauvin / NRF Gallimard / 2009

Lorsqu’on pense aux romans de Jonathan Coe, on a en tête des romans fleuves, très bien écrits (Testament à l’anglaise, Bienvenue au Club,), des fictions replacées dans un contexte historique essentiel : Thatcher au pouvoir, déferlante du rock (Les nains de la mort), etc… et un humour grinçant doublé de personnages de nature loufoques (La maison du sommeil). Est-ce parce qu’il vieillit ou bien l’auteur a-t’il envie de s’essayer à un autre registre ? Toujours est-il que The rain before it falls est une courte chronique d’une femme lesbienne qui, par le biais d’un magnétophone, livre un témoignage de sa vie à une jeune femme aveugle qu’elle n’a vu que quelque fois dans sa vie. Jusque là, on se dit que les rebondissements vont fuser, que les histoires seront abracadabrantes et très drôles. Mais force est de constater (à la lecture) que le style et le ton ont changé : chronique du roman le plus tristement sombre de Jonathan Coe.

Avant tout, je passerai vite sur la traduction, à commencer par le titre, mais il faut garder en tête qu’il ne s’agit que d’une interprétation et, peut-être que la version originale était plus piquante. Cela dit, j’ai d’emblée eu beaucoup de mal à entrer dans le roman en raison de ce titre. En bon français, la bienséance et l’élégance exigent une négation d’ornement : La pluie, avant qu’elle NE tombe. Et lorsqu’on remarque en prime qu’ils s’y sont mis à deux pour traduire, on commence à se dire que c’est mal parti – Et, blague mise à part, c’est tout de même un peu un comble de s’appeler Chauvin lorsqu’on est traducteur non ? Bref, tout cela pour dire que je m’attaquerai à nouveau à ce roman dans quelques années en anglais et que j’espère que cela sera mieux.

Le prisme de narration adopté par l’auteur est original et astucieux : une femme (Gill) et ses filles écoutent des cassettes laissées par leur tante (Rosamond) avant sa mort, lesquelles cassettes sont destinées à une autre femme (Imogen). Imogen est aveugle et a été adoptée à trois ans et ces cassettes mettent des mots sur vingt photos de sa famille biologique. La narration répond à plusieurs questions relevant du secret de famille : pourquoi Imogen a été adoptée, pourquoi Imogen est aveugle, pourquoi sa famille biologique n’a pas cherché à la contacter, quelles étaient les psycho-pathologies des membres de sa famille biologique… etc. Gill et ses filles, bien que nièce et petites nièces de la défunte, n’avaient jamais eu connaissance de tout cela et découvrent ainsi tous ces non-dits.

Le roman est sombre, poignant, l’écriture fluide… mais cela s’arrête là. On ne retrouve pas l’énergie créatrice qui caractérise d’habitude les romans de J. Coe. L’auteur semble avoir oublié cette règle simple qu’il a toujours appliqué à la lettre jusque là : du réalisme oui, de la tragédie pourquoi pas… mais du pathos jamais. Grace au second degré, au cynisme ou à l’explication transversale de certains éléments, J. Coe avait toujours permis ce détachement du lecteur, ici on ne lit qu’un très lourd et très triste témoignage qui peut vous tomber dessus sans prévenir durant votre vie. Le concept de famille est déjà suffisamment amoché dans nos sociétés actuelles, il n’est pas nécessaire d’en faire une fiction si elle n’apporte rien de plus que cela.

Est-ce l’auteur ou bien moi, lectrice, qui vieillit ? Un peu des deux surement, mais c’est bien la première fois que je ressort à la fois déçue, triste et amère d’un livre de cet auteur qui reste majeur pour moi.

Note : 6,5/10

 

BANCS PUBLICS (VERSAILLES RIVE DROITE) – Bruno Podalydès juillet 14, 2009

Film français / « comédie humaine » / 2009

Une vingtaine de bandes annonces, des affiches envahissant tous les espaces publicitaires possibles, c’est rarement bon signe. Et ce n’est pas Bancs Publics qui dérogera à cette règle. Un film décevant qui avait pourtant tout pour plaire.

Filmé de la même façon que Musée Haut Musée Bas (J-M Ribes), reposant sur le même principe consistant à balancer 30 têtes d’affiches, racontant des bout d’histoires de tous les jours auxquelles on assiste dans un bureau, un square ou un magasin de bricolage, le concept avait tout pour plaire venant d’un Podalydès.

N’y allons pas par quatre chemin, le premier tiers du film sur la vie d’entreprise au bureau est abrutissant de banalité et tombe très à plat. J. Balasko et P. Arditi sont définitivement descendus dans mon estime, ayant cédé à la facilité de s’enfermer dans un seul (mauvais) rôle comme en est capable J-P Bacri. Si vous avez vu Clientes et Le Hérisson alors vous avez déjà vu les scènes de Balasko dans Bancs Publics. Elle a même réussi à nous refourguer son mari indien (pour la touche ethnique où tous ceux qui ne sont pas blancs de peau sont au bas de l ‘échelle sociale).

Le second tiers du film dans le square a quelques belles trouvailles sans que cela réussisse à aller au-delà du gentillet. Si vous voulez voir vos acteurs fétiches se ridiculiser (Elbaz, Bourdon, Amalric, Semoun…) alors ce film est parfait.

La dernière partie du film se passant dans un magasin de bricolage est la plus intéressante mais n’est malheureusement pas plus convaincante. Rappelant la poétique de Jacques Tati par l’univers décalé de ce Brico Dream où la Brico Team porte des blouses de travail ornée de nuages et se dope au revitalisant pour poisson d’aquarium, les requêtes de chacun des clients se transforment en aventure rocambolesque : une petite vitrine en bois a besoin d’un massage cardiaque, la secrétaire du bureau d’en face a du mal à payer les piles géantes spécialement conçues pour la Grossexpresso…

Le véritable problème du film vient d’un manque de cohérence flagrant. Le manque de liens dans l’enchaînement des saynètes plus ou moins intéressantes provoque un désintérêt complet du spectateur doublé d’un effet lénifiant. Le film s’ouvre sur la chanson de Brassens faisant écho au titre du film, Bancs Publics, interprétée par Ridan dans une rame de métro parisien. Selon moi, il aurait été mille fois plus pertinent de remplacer cette scène (et le titre du film) par Fuzati et son Signe du V :

« Pour savoir à quoi ressemble une ville de province dans les années 60, il n’y a pas besoin d’inventer de machine à remonter dans le passé. En partant de Paris il suffit de prendre le bon RER C. Je suis inquiet, toutes les rues d’ici semblent avoir une maladie. Je ne suis pas docteur ès ville mais je crois bien que c’est l’ennui. »

Note : 3/10

 

THE VERY BEST – Warm Heart Of Africa juillet 14, 2009

Collaboration GB-Paris-Malawi / Electro – Indie World / Moshi Moshi – Cooperative Music

L’élection d’Obama a provoqué dans le monde musical un grand retour de l’Afrobeat. En veux-tu en voilà, on nous en glisse partout, notamment dans l’indie de Brooklyn (Vampire Weekend, Animal Collective, Mgmt…). Il faut assurément un soupçon de culot pour intituler son groupe Les meilleurs, mais il faut également beaucoup de courage pour être à la hauteur de son titre et risquer d’être la risée du monde musical et de griller de futures cartouches. Derrière ce titre pompeux se cachent Johan et Etienne aka Radioclit, qui se sont alloués les bons services de Esau Mwamawaya, artiste du Malawi. Si vous avez été bercés par Johnny Cleg dans votre enfance, vous risquez d’apprécier.

Bienvenue dans ce qui ressemble à l’Afrique du Roi Lion à la première écoute : de beaux animaux sauvages, des paysages dépouillés, de gentils autochtones. Comme on ne comprend pas les paroles (en Malawi), on a tout le loisir de se concentrer sur le reste et on est très loin d’une bande-son cul-cul la praline.

Nsokoto opère un décrochement dans l’album, si l’on garde des sonorités et instruments évoquant le continent oublié (Bâtons de pluie, claves, djembés…), les boucles d’électro se font de plus en plus présentes. Parfois de manière ultra-kitsch comme sur Angonde où l’on s’attend à voir une girafe en caoutchouc traverser le salon.

Atout supplémentaire dans ce jeu de cartes hype, les featuring d’amis réputés. J’ai nommé les deux seuls titres en anglais de l’album. Warm Heart Of Africa pourrait être un titre de Vampire Weekend de part les rythmes du morceaux mais surtout la présence d’Ezra Koenig et sa voix d’Afro-américain blanc. De même, la douce M.I.A. ensorcèle la danse de la pluie, l’air en est plus moite ensuite (Rain Dance). Le clin d’œil à Architecture In Helsinki dans Kamphopo enfin achève de rendre l’opus extrêmement bankable.

Des rythmes qui respirent l’hémisphère Sud, des voix chaudes façonnées à l’ombre de canicules étouffantes – qu’elles soient d’Afrique, d’Inde, du métro londonien ou new-yorkais ; lorsqu’on a un été pluvieux, rien de tel pour égayer la maison. Le tout est diablement bien fichu, dansant et très réussi, l’Indie World existe et à un avenir.

Note : 8/10

 

TURZI @ Nouveau Casino juillet 8, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 12:50
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Artiste français / Electro Krautrock / 06/07/09

Turzi ou l'homme qui porte avec classe un tee-shirt souvenir de Paris et la Tour Eiffel

Lorsqu’on évoque l’univers du jeune Turzi, on pense à son premier album très abouti, A, mais aussi à ses collaborations avec Etienne Jaumet, mélange de krautrock, jazz et électro mystique. Turzi présentait ce soir là au Nouveau Casino et pour la seconde fois au public (après le 23 mai au Point Ephémère) son nouvel album attendu pour l’automne, B. Château Marmont et GRS Club (que je n’ai pas vu) se chargeaient de nous faire patienter avant l’arrivée de l’homme qui porte le mieux des tee-shirt ringards.

Que dire de Château Marmont si ce n’est que leur prestation était égale à eux-même : molle, répétitive et entièrement inspirée de leurs contemporains. En première partie de Ratatat, ils avaient su présenter une électro planante mal digérée mais pas désagréable, en première partie de Turzi, ils s’essayaient à l’electro-ringarde bonne pour accompagner les films de boules. Oui mais voilà, lorsqu’on vient d’avoir dans les oreilles le dernier album de Sébastien Tellier pour patienter entre les changements de plateau, leur musique fait bien pâle figure. Et lorsqu’ils poussent le vice jusqu’à s’essayer au chant en copiant Phoenix de manière mal-habile (jusqu’à la coupe de cheveux) et bourrée de fausses notes, on se demande si l’on ne va pas sortir prendre l’air. Bref, on désespère de voir ce groupe trouver un jour une véritable personnalité, ce qui est dommage car l’ensemble n’est pas spécialement mauvais, simplement sans âme ni originalité. Ce qui au final était un bon point pour Turzi puisque toute prise de risque paraîtrait intéressante après tant de platitude.

En dépit de plusieurs problèmes techniques au début du spectacle et passant outre la déconvenue d’un Vj-ing loupé (dû pour partie à des problèmes informatiques) censé nous faire visiter les villes-titres à l’aide de Google-Earth, les nouvelles créations de Turzi étaient à la hauteur de nos espérances. Sonnant beaucoup plus rock, l’effort de réduire le débit de paroles permettait de mieux apprécier le concert dans son ensemble. Plus Turzi dévoilait ses nouveaux titres, mieux ils sonnaient. La progression vers son univers krautrock spirituel était parfaitement amenée, les trois derniers titres proposés étant extraits de A et retravaillés pour être plus doux.

Turzi à lassault de la planète...

Turzi à l'assault de la planète...

N’ayant pas pu me procurer de Set-liste, sachant seulement que les premiers titres s’intitulaient Beijing et Bangkok, je proposerai donc une série de dénominations hypothétiques pour les morceaux suivants en fonction de mes impressions. Après un Beijing et un Bangkok très structurés, le Vj –ing indique trois points qui pourraient être « Bâle-Beauvais-Berlin », une invitation au voyage, on commence une descente vers le véritable travail de Turzi. Le titre qui suit, que j’appellerai « Bande de Gaza » apparaît nettement plus anarchique, laissant s’exprimer une batterie et une basse agressives, comme sur la défensive, prêtes à riposter aux attaques des clavier et guitare. On sent comme une ébullition des musiciens, ils demandent à s’exprimer plus fort, à se faire respecter. Et cela semble être le cas dans le morceau suivant (ou seconde partie du morceau précédent, je ne sais pas) que j’ai appelé « Beyrouth », les abcès sont crevés, les pourparlers s’installent, les sonorités orientales prennent le pas sur les impressions de musique bulldozer, les instruments s’observent, s’écoutent, s’entraident. Cela reste mon morceau favori de ce concert. La suite comprend beaucoup plus de chant, se rapprochant du travail du premier opus, l’univers musical se fait plus métallique (j’ai cru comprendre que ce titre s’intitule Baltimore). On reconnaît ensuite des titres en A, retravaillés de façon à se travestir en B, notamment Afghanistan qui pourrait être rebaptisé Bagdad – autre zone de conflit où les américains se sont illustrés pour n’avoir rien réglé d’ailleurs – un morceau d’apparence très structuré et maîtrisé qui laisse s’exprimer finalement chaque instrument et voix dans un chaos complet. Chacun s’exprime comme dans une bulle, n’ayant aucun souci de l’autre.

Voilà, après toutes ces élucubrations personnelles, je prend le risque de m’être complètement plantée sur les intentions des morceaux de Turzi et de faire rire beaucoup de monde, qu’importe je les apprécie comme cela, vivement l’album !

Note : 8/10

 

MOBY – Wait for Me juillet 7, 2009

Classé dans : Chroniques Musique — Violette Roll @ 12:22
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Artiste américain / Electronica / Because

Comme il y a Air la révolution de la musique électro-planante de qualité, il y a Moby la machine à musique de spots publicitaires. Alors lorsqu’on reçoit le nouvel album de Moby accompagné d’une lettre de l’auteur pour présenter le disque, on devient curieux et on fait l’effort d’insérer le disque dans la fente de la chaîne prévue à cet effet.

Après Play (1999), Moby n’avait plus produit que des musiques parfaitement calibrées pour la publicité, chaque fois un peu plus sans âme ni originalité. Dix ans après, le chauve renverse enfin la vapeur et revient avec un opus home-made. Evidemment, Because ne nous aura pas aussi facilement, je ne vais pas lire le communiqué, la lettre ni le descriptif de l’histoire des morceaux titre par titre avant d’avoir écouté l’album plusieurs fois en entier. Et le résultat n’est pas décevant.

D’abord, les titres cessent un peu d’être calibrés pour la promotion radiophonique en ayant des durées entre 55 secondes et 4,40 minutes. Il y a plus de spontanéité dans cet opus, moins d’arrangements pointilleux, les sonorités se font plus brutes (Jltf), les voix sont parfois hésitantes (Pale Horses). L’ensemble, à l’image de sa pochette, n’est pas original, mais il est reposant sans être lénifiant. Et c’est déjà beaucoup. Même si cet album reste aussi mélancolique et parfois plombant comme Moby l’a toujours fait, on sent que l’auteur respire derrière.

Dans les explications fournies par Moby morceau par morceau, on retrouve toutes les remarques que tout critique aurait pu faire de l’album, Study War pourrait être un extrait de Play2 moins intéressant que le Play original, Mistake est de loin le titre le plus conventionnel de l’album, Gost Return est un morceau « Lynchien »… Moby a une vision et une analyse assez honnête de son travail et, même si son discours est calibré (il ne cesse de répéter que le tout a été enregistré dans des conditions pourries avec un matos cheap), il transparaît une véritable satisfaction de l’auteur à vouloir livrer un travail humble, sans prétention.

Dans sa lettre présentant son travail et sa démarche, Moby parle d’une révélation survenue après un discours de David Lynch qui soutenait l’idée d’une créativité artistique comme objectif premier, émancipée de toute pression de rentabilité de l’œuvre. Qu’il ait fallu ce genre de discours à Moby pour prendre conscience que le travail premier d’un artiste ne s’inscrit pas dans une logique marchande, soit. Qu’il ait accepté de relever le défi, on ne peut s’empêcher de penser qu’il l’a fait car son portefeuille peut largement se le permettre. Qu’il accompagne son disque d’une description, ça sent la tentative d’amadouer les chroniqueurs, mais seuls les mauvais auront besoin de cela. Mais qu’il termine son courrier en demandant aux auditeurs de faire l’effort d’écouter le disque en entier et non par single, cela m’inquiète. Sommes-nous donc dans une société où l’on se fait une idée d’un travail sur un simple single ? Les émissions de télé-réalité et certaines Major produisent certes leur lot de boulets et leur flot de singles inaudibles, voire d’albums transpirant la médiocrité (Julien Doré en tête). Mais j’ose encore croire qu’il existe une majorité de population sensée, capable de discerner le bon grain de l’ivraie. Si Moby prend la peine de faire ce genre de requête, elle ne doit pas être infondée, elle me fiche le cafard c’est tout. Et du coup, je remets le disque à tourner sur la platine.

Note : 7/10

 

GOOD MORNING ENGLAND – Richard Curtis juin 30, 2009

Film germano-britannique / Comédie biopic / 2009

Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio  Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.

Affublé d’un titre ridiculement « anglicisé » en français (le titre original étant The Boat That Rocked), je n’ai pas grand-chose de plus à dire que Rob Gordon sur ce film très agréable que j’aurais adoré voir sortir en feuilleton télé.

Note : 8 ,5/10

En revanche, en tant que Vice-présidente d’une Radio Indépendante, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur particulier pendant le film. Si les clopes et l’alcool n’ont plus le droit de séjour dans les studios depuis bien longtemps (la coke elle, a encore des accès VIP), le matériel n’a qu’assez peu changé à cela près qu’on passe surtout des titres numériques contre quelques vinyles. Les radios pirates ont rendu l’âme après que le gouvernement s’est acharné à les faire disparaître. Aujourd’hui un scénario similaire se joue : le passage à la radio numérique sera si coûteux que seules les ondes de classe B (dans une logique mercantile donc) pourront se permettre un tel investissement. Cela signifie clairement une disparition progressive des programmes radiophoniques originaux, produits dans le seul but de leur qualité, leur originalité et leur diversité ; ils sont voués à disparaître ou au mieux, à être relégués à des heures de faible écoute.

Il y a trente ans, le message des radios pirates était que les gouvernements pouvaient pondre toutes les lois qu’il leur plairait, la musique rock ou pop ne mourrait pas pour autant, bien au contraire. Aujourd’hui, le rock et la pop sont bien présents sur les ondes, mais leur diversité n’est que très peu mise en valeur. Le pont de plus en plus fréquent entre les animateurs radios et leur apparition sur des chaînes télévisées privées de piètre qualité (comme M6 ou TF1) n’est qu’un indicateur parmi d’autres : les mêmes animateurs sont présents à l’antenne et sur les écrans plats (Le Mouv’, France Inter ou France Culture se prêtent allégrement à ce petit jeu pitoyable).

Lorsque Nova introduit un nouveau titre à sa playlist, Radio Campus Paris en insère une centaine. Et pourtant ceux qui écoutent Nova, ils ont déjà l’impression que la playlist est plus originale que celle de Skyrock ou NRJ… Cela laisse imaginer ce que seront les programmes en 2012 : lisses, uniformes, sans âme. Un peu comme ces derniers jours où tous les canaux se sont sentis obligés de passer du Michael Jackson en boucle…

Je ne suis pas si pessimiste, je ne pense pas que le monde radiophonique va s’écrouler totalement. La fm ne disparaîtra pas aussi facilement que le pense le CSA et les lobbys qui vont avec. Et les nouvelles habitudes de podcast des émissions donneront aux web-radios un avenir à la résonnance différente, sinon plus radieux. Aujourd’hui cet esprit de résistance à une logique du « produire plus pour rapporter plus » est certes organisé et solide mais absolument pas médiatisé. Le mythe du village d’irréductibles Gaulois résistant à l’expansion romaine ne cessera jamais de vivre, il faudra simplement faire des efforts de plus en plus importants pour parvenir à entretenir la diversité et l’exclusivité des programmes.

Le plus beau moment de ce film se situe pour moi à la toute fin du générique, lorsque chaque animateur raccroche son casque. Chacun quitte le studio très différemment car chacun s’occupe de musique et de propos très différents. Mais tous le font comme s’ils venaient de faire leur émission pour la dernière fois. Si pour continuer de préserver cet esprit d’une radio éclectique et surprenante je dois rentrer dans la case des marginaux, alors comptez là-dessus, je n’ai pas peur des étiquettes, pas plus que des menaces de licenciement, je suis déjà au chômage sans indemnités comme beaucoup trop de jeunes diplômés en France…

 

SYNGUE SABOUR – Atiq Rahimi juin 30, 2009

Roman Afgan / 2008 /Prix Goncourt / POL

Jeudi 11 décembre 2008, je viens de renverser mon café sur les rails pour réussir à attraper le TGV, début d’une journée bien remplie. Il est à peine 8h30 et je tente de reprendre mon souffle. Lorsque je regagne ma place, l’homme en face de moi me dévisage, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Ses yeux noirs pétillent, il discute avec entrain avec ses deux collègues, son français est impeccable. Nous plaisantons depuis trente minutes lorsque je réalise que si ce visage m’est familier, c’est simplement parce qu’il fait toutes les couvertures des magazines littéraires de ces dernières semaines : j’ai pour interlocuteur pendant les quatre heures à venir Atiq Rahimi, le nouveau Prix Goncourt. Six mois plus tard, j’ai dévoré Syngue Sabour avec autant d’entrain et cette même impression de bien-être que lors de cette rencontre impromptue.

Syngue Sabour signifie Pierre de Patience, celle à qui l’on peut confier tous ses maux sans craintes, jusqu’à ce qu’elle éclate et libère celui qui a mal. Ici, le mange-chagrin prend les traits d’un homme dans le coma, tombé au combat en Afghanistan et soigné par sa femme qui lui confie ses secrets. Et elle lui raconte tout, sans détours, sans exception. Qu’elle ne l’aime pas pour commencer, qu’elle n’a jamais connu plus piètre amant ensuite, qu’elle ne lui a jamais donné d’enfants pour finir. La religion musulmane rythme les pages du roman, au pays des burkas une femme maudit le mollah et les remontrances qu’il se permet de lui faire. L’écriture est souvent minimaliste, ne laissant que les mots essentiels raconter une guerre civile, la souffrance d’une jeune femme et la routine de son quotidien :

« Le soleil se couche.

Les armes se réveillent.

Ce soir encore on détruit

Ce soir encore on tue. »

Ce récit, bien qu’empli de violence,  est d’une douceur et d’une poésie à toute épreuve, notamment contre le chagrin profond et lancinant. Les muscles se relâchent, le thorax se gonfle à nouveau d’air frais, le sourire reprend ses droits sur le visage, la Syngue Sabour a opéré.

Je n’oublierai jamais cette rencontre hasardeuse, ni le livre qui va avec. A lire en prenant son temps, en relisant des passages au besoin. Des livres comme il nous en manque trop souvent. Un premier roman époustouflant.

Note : 9/10

 

 

LILLY WOOD AND THE PRICK – Lilly Who and the What ? EP juin 24, 2009

Duo parisien / pop – folk / Choke Industry

Chacun a encore en tête L.E.S. Artistes de Santigold et la reprise qu’en avait fait Lilly Wood and the Prick est probablement l’une des plus touchantes. Derrière ce patronyme au nom dans la mouvance des groupes anglo-saxons de pop – folk actuels (Tilly and the Wall, Noah and the Whale…) se cache un jeune couple parisien, Ben et Nili. Leur premier EP mérite d’être chroniqué pour des tas de raisons.

D’abord, un couple parisien qui fait de la pop – folk britannique intéressante, ça ne court pas tant que ça les pavés. On assiste, assez impuissants, à une uniformisation des jeunes groupes parisiens qui proposent tous de l’electro-rock plus ou moins réussi (dernière grande lamentable plantade : Revolver). De temps en temps, l’un s’échappe du lot (Toy Fight) et dans ces cas-là, mieux vaut l’attraper au passage sinon il fiche le camps en province ou de l’autre côté de la Manche, voire de l’Atlantique (et il a bien raison).

Ensuite, sur les cinq titres de leur EP, Lilly Wood and the Prick propose quatre morceaux vraiment intéressants. Si Down the Drain est une pop-rock très conventionnelle, dès Water Ran, on sent que ces deux-là ont un quelque chose qui ne laisse pas indifférent. Cette belle voix veloutée de Nili dont on ne se lasse pas en premier lieu. On nous annoncerait que Cat Power interprète This is a Love Song que cela nous étonnerait à peine, on se dirait que sa dépression est terminée et on serait content. La batterie n’est encore toujours au top, la guitare reste sur des lignes très simples, mais le tout est très agréable, notamment grâce au piano. La ballade de Little Johnny qui clôt ce cours opus est idéale à emporter en vacances. Légère brise, robe au vent, à cheval ou en Vespa, on regarde Lilly Wood and the Prick aller se promener mais on attend leur retour de pied ferme… Un coup de coeur pour la pochette également.

Note : 7,5/10

 

KAP BAMBINO – Blacklist juin 24, 2009

Duo français / Electro-noise et Pop-grindcore / Because

Dans la série Je suis jeune et je veux bouger mon corps sur autre chose que punk-hardcore de mauvaise facture ou de l’electro sans âme, Kap Bambino constitue un bon exemple français d’une relève énervée de qualité.

Le premier gage de qualité dans ce domaine, c’est de réussir à aller sans se forcer jusqu’au bout de l’album, car méfiance avec toute musique comprenant « core » ou « noise » dans sa bio, on sait qu’en général, au delà de trois minutes ça ne tiendra pas la route. Dans le cas présent, au bout d’une demi-heure, vous en demandez encore.

On se souvient de Crystal Castles, assez insupportable sur scène mais terriblement efficace sur disque. Et en entendant Caroline Martial et Orion Bouvier, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement, concernant l’opus tout du moins. Les rages électroniques font core avec les assauts enragés de la voix féminine vocodée. Les textes sont plutôt kitsch, s’interrogeant ainsi sur ce que ça fait d’enlever sa peau (Lezard) ou l’hymne au retour aux Batcaves. Les mélodies sont dans l’ensemble très pop, ce qui mélangé à l’electro-noise, produit un mélange explosif. Alors même s’il manque encore un peu d’originalité dans certains titres (Plague ou Blond Roses), ce petit disque aidera bien à faire onduler les boucles blondes et shorts en mousse sur les plages tout l’été (et certainement pas les émos ou ce genre de fléau).

A vérifier sur scène, mais Kap Bambino ne devrait pas terminer sur les Blacklists des pires disques de l’année.

Note : 7/10

 

ALEXANDER CALDER – Les années parisiennes juin 23, 2009

Art contemporain / Centre Georges Pompidou / 18 mars – 20 juillet 2009

Le jour de mon cinquième anniversaire, ma mère m’a offert un livre sur Calder, me rendant accro à jamais aux mobiles colorés à la fois fragiles et majestueux d’un artiste américain hors-norme. L’exposition consacrée à l’artiste est originale, présentant seulement sa période dans la capitale française durant laquelle il s’est consacré essentiellement à la caricature.

Des cahiers de croquis, des caricatures délicates… et les sculptures qui s’en dégagent. Calder ne garde que les lignes fortes des corps et visages : une série de côtes, l’arrête d’un nez, la proéminence d’une poitrine… Véracité déconcertante. Dessins et sculptures métalliques semblent tracées d’un seul trait et laissent imaginer tout le reste. Calder sculpte des croquis. Tout son talent de portraitiste au regard incisif sur le monde qui l’entoure en émane.

Et surtout, il y a cette parenthèse circassienne, émouvante aux larmes grâce aux petits films où l’artiste joue avec ses créations. Un cirque de marionnettes, carcasses métalliques habillées de laine, jute et caoutchouc. Une danseuse orientale, un géant avaleur de sabres, un kangourou, des trapézistes et funambules… Calder est l’un des meilleurs designers de jouets que le 20ème siècle a vu naître. On ne peut qu’envier cet homme qui crée et joue toute la journée, clairvoyance d’une âme sensible qui sent le climat politique se durcir.

Le seul point noir de cette exposition est la foule trop nombreuse qu’il faut réussir à supporter. Trop de monde, trop de flot de paroles qui empêchent de pouvoir se concentrer autant qu’on le souhaiterait, qui contrecarrent l’envie de laisser son esprit vagabonder. A noter aussi cette mauvaise idée de présenter l’exposition en deux parties qui cassent la progression naturelle où la tête, à force de voir des squelettes métalliques osciller, parvient à s’envoler elle aussi.

A peine sorti, on n’a qu’une envie : replonger dans le monde onirique d’un doux rêveur qui gardait une vision acerbe et insolite sur ses contemporains. Cet esprit qui dérange par sa clairvoyance déconcertante, pour se rassurer on appelle cela un artiste ou un fou…

Note : 9/10