Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

AUFGANG @ Café de la Danse : vous montez ? novembre 20, 2009

Trio libano-hispano-parisien / Electro-piano / 19/11/2009

Salle comble pour le premier concert d’Aufgang à Paris depuis la sortie de leur premier album. Précédés d’une premier partie présentant le travail électronique de Rone allié aux improvisations de Gaspard Claus au violoncelle, la soirée fut telle qu’on l’attendait : exceptionnelle.

Rone et Gaspard Claus

Rone fait partir de ces artistes discrets mais doués qu’on peut dénicher à Paris. Il est rare de voir un électronicien porter des petites besicles rondes, ça lui donne un côté gamin en décalage complet avec ce qu’il est capable de faire cracher à ses machines. Il livre des nappes d’electro minimale qui, si elles étaient un peu trop douces au départ pour une première partie d’Aufgang, ont pris progressivement de l’ampleur jusqu’à une intensité telle que le public en a redemandé. Gaspard Claus pendant ce temps là improvise quasiment en permanence des partitions de violoncelle un peu barrées, rappelant Erik Satie ou les partitions texturées de Kaija Saariaho. La prestation manque de temps pour pouvoir dévoiler toutes ses subtilités mais il y a indéniablement quelque chose à creuser.

Court entracte, excitation et papillons dans le creux du ventre. Contrairement à leur prestation en mai dernier à la Cité de la Musique où les pianos étaient tête-bêche et où le batteur tournait le dos au public (cf. la vidéo de Grandcrew), la configuration adoptée ce soir prend plus de place. Aymeric Westrich et sa batterie sont le personnage principal de l’histoire, les machines sont dissimulées sur le côté. Les pianistes et leurs mastodontes sont de trois-quart de part et d’autre du batteur. On repense à Battles qui place également la batterie au centre de l’attention du public. L’avantage de la configuration de la Cité de la Musique créait plus de complicité entre les deux pianistes. Là, ils vont devoir livrer chaque un combat contre leur bel animal. Oubliez le polish et les honneurs habituellement rendus aux pianistes dès qu’ils mettent un pied sur scène. Ici les pianos sont poussiéreux, les pianistes n’ont pas de queue de pie et les mouvements de bras et de jambes ne sont pas sanctionnés, au contraire.

Si d’ordinaire le public n’apprécie guère d’assister à un concert où les titres suivent rigoureusement l’ordre du disque, la donne est un peu différente pour ce groupe. L’album d’Aufgang comporte une progression en trois mouvements qu’il est indispensable de respecter pour comprendre l’objet de la musique de ce trio peu banal (cf. chronique du disque). Retroussement de manches, grande inspiration, regards complices et c’est parti pour une bataille d’une heure.

Channel 7 plonge les spectateurs dans l’univers batterie-piano en un temps record. On entend jusqu’aux déclics des appareils photos, la tension est déjà palpable. Dociles, les 250 kilos de bois et cordes se laissent manipuler et guider par la batterie vers des musicalités rappelant Detroit. Dès Barock, le système de résistance aux conventions s’enclenche. Tout va pour le mieux pendant les trente premières secondes où les partitions s’apparentent à de la bonne musique de chambre du XVIIIe siècle. Mais ensuite, la batterie et les nappes discrètes se font plus insistantes et prennent la direction des choses. Pris en otages, les pianos sont réduits à l’état d’instruments parallèles, un rôle d’accompagnement par la répétition de motifs hypnotiques. Le tout est terriblement entraînant, le public commence à dodeliner de la tête pour suivre les circonvolutions des mélodies captivantes. Enfin surgit Sonar, titre phare qui les a fait connaître (au festival barcelonais du même nom), dans une version nettement plus travaillée. Les mélopées parasites faites de bidouillages sonores envahissent peu à peu le morceau. Rami répète toutes les boucles deux fois plus que dans la version originale, Francesco insère des motifs en quart de ton. Aymeric reste plus concentré que jamais et est simultanément très à l’écoute de ses acolytes. L’équivalent vestimentaire de ce morceau pourrait s’apparenter à une robe en dentelle de Bruxelles (pour les incultes : dès le 16e siècle, Bruxelles produisait une superbe dentelle aux fuseaux en non-continu, c’est-à-dire dont les motifs étaient faits séparément puis joints par un réseau. Cette dentelle se caractérisait par le travail en relief autour des pétales, feuilles et autres motifs). Les corps sont déployés, les musculatures s’expriment, le trio est maître du jeu.

Soumission - Aufgang

Interlude où Rami Khalifé prend la parole. Lui qui est pourtant le plus timide rend compte de son émotion de voir la salle pleine, de présenter le fruit d’un travail de cinq ans devant un public très attentif. Les deux pianistes échangent leurs postes, histoire de montrer aux instruments noirs vernis qui commande. Francesco et Rami offrent Prélude du passé à Aymeric. Lui reste tête baissé, on s’attend même à ce qu’il remonte les jambes contre son torse, comme un fœtus. Morceau mélancolique dédié à l’un de ses amis chers (cf. l’interview rocambolesque), il se recueille avant d’emboiter le pas au duo pour parfaire des sonorités qui viennent triturer votre cœur de rythmiques enjouées comme peut être la Vie : des coups durs parsemés de bonheurs intenses de courte durée. Good Generation inverse définitivement la balance, on entre dans ce troisième mouvement où les pianos se retrouvent un peu plus asservis chaque minute jouée. Machine à jouer subordonnées à la musique amplifiée, eux nobles pianos ? C’est dans 3 Vitesses que le bras de fer saute aux oreilles puis aux yeux. Il y a certes trois humains sur scène mais c’est comme si chaque corde, chaque cymbale, chaque bit prenait vie. Le piano est ici un instrument qu’on laisse vivre et s’exprimer à sa guise, il tousse, il rouspète et s’énerve. Francesco et Rami résistent de tout leur corps (en témoignent leurs chemises littéralement trempées), ils se lèvent, se ruent sur les pédales, font le grand écart entre les octaves. Enfin survient l’apothéose, la Soumission. Les claviers tiennent à reprendre l’avantage et le font savoir. Francesco Tristano et Rami Khalifé tentent de les contenir, et ils ne se contentent pas de s’occuper de leurs touches d’ivoires. Non, ils l’encombrent de partitions éparpillées, ils grattent les cordes, ils bidouillent les tables d’harmonies, ils caressent le bois, ils triturent les marteaux et les feutres en prennent pour leur matricule. Les trois corps des musiciens se voûtent, les instruments leur obéissent mais semblent répondre d’un impératif supérieur. Chaque note, chaque sonorité s’expriment pleinement. Sous des allures déconstruites, on retrouve bien une rigueur implacable.

Fin. Applaudissements. Salut. Le trio semble exténué mais revient pour un ultime morceau en guise de rappel. Très belle soirée où Rone et Gaspard Claus servaient de marchepied à l’envolée de marches que nous ont fait gravir Aufgang avec élégance et modestie.

Note : 9,5/10

Setliste :
Channel 7
Barock
Sonar
Prélude du Passé
Good Generation
3 Vitesses
Soumission

Crédits photos : Michaurel

 

Ce qui m’émeut… Episode 1 novembre 19, 2009

Classé dans : Blog Roll — Violette Roll @ 4:46
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Alors voilà j’en ai encore des tremblements dans les bras tant la nouvelle m’attriste. Pas que les irlandais soient éliminés du Mondial alors que la France a triché bien entendu, non ça je m’en balance comme de ma première paire d’Adidas rose à 8 ans, celle qui m’a permis d’escalader mieux qu’une chèvre et de casser ma fourche de vélo Peugeot en dévalant des escaliers.

Kriss, vient de partir animer les outre-ondes à seulement 60 ans. Terminé cette voix du dimanche légèrement rauque et si enjouée. A l’antenne, elle avait depuis quelques temps passé le relais, d’elle, il ne restait que le nom de l’émission, Kriss Crumble.

Lorsqu’on a grandi avec la radio, et en particulier avec France Inter, dans les oreilles dès la naissance, il y a des voix qui marquent, des voix auxquelles on s’attache. Et avec, tout un univers qu’on s’imagine. Kriss était mon amie du dimanche matin. Lorsqu’en classe prépa, après avoir bossé toute la semaine vingt heures par jour, vous devez réussir à trouver l’énergie d’aller encore étudier à la Bibliothèque Nationale le dimanche matin, eh bien vous bénissez le service public d’avoir recruté Kriss. Une femme qui réussissait simultanément à vous façonner des abdos en béton (tout mon stock de rire pour une semaine était consommé ce matin là) et à vous changer les idées, quel que soit le sujet dont elle s’occupait (Portraits Sensibles). Mon plus beau fou-rire, celui qui me fait encore retrousser les lèvres alors que j’écris ces lignes, c’est une histoire d’adoption d’un troupeau girafe comme animaux de compagnie, raconté par Jean-Jacques Vannier. Il avait d’ailleurs extrait son second spectacle de ses histoires pour Kriss : A par ça, la vie est belle et c’est tant mieux. Encore plus que l’histoire elle-même, c’est le rire de cette femme que j’entends encore derrière. Un rire franc et cristallin comme on en fait trop rarement. Son seul rire me faisait tenir. Je n’avais plus besoin de manger pour sentir le fondant (pomme, poire, potiron…) et les croquants (céréales, noix, chocolat…) d’un crumble envahir mon palais.

Après Macha Béranger (« Tu es encore debout ? Il est l’heure d’aller se coucher » disait mon père sans jamais me gronder), José Arthur (qui dévoilait en avance les titres du Canard Enchaîné le mardi soir), Louis Bozon (pour les cinq premières minutes du jeu et le topos géographique de la commune), Jean-Pierre Gaillard (et son jingle « La Bourse, Jean-Pierre Gaillard » du matin, qui me permettait de savoir si j’allais être en retard à l’école) et Claude Villers (pour qui je me privais de goûter rien que pour entendre sa voix de grand-père que je n’ai pas connu) s’en va Kriss, dernier rempart de ma vie d’avant vingt ans. Toutes ces personnes primordiales qui ont forgé mon amour d’un média sonore qui risque bientôt de ne plus être ce qu’il est/était (cf. la radio numérique). Toutes ces voix que je n’avais pas besoin de voir pour les aimer (cf. cette nouvelle mode ignoble de filmer les émissions de radio).

Je sais bien que chacun vieillit mais mourir à soixante ans un jeudi lorsqu’on s’appelait Kriss, ce n’est pas normal pour celle qui avait endoctriné des milliers de personnes au « C’est dimanche, c’est légal ». Salut M’dame.

Crédits photo : Christian Neveu

 

Interview baroque et surprise d’AUFGANG, un trio qui pense pour six novembre 19, 2009

Classé dans : Interviews — Violette Roll @ 10:47
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Début du mois de septembre, interview organisée à partir d’un texto. Je retrouve Francesco Tristano, Aymeric Westrich et Rami Khalifé dans un café glauque de Simplon, interview décontractée et un peu fatiguée. La tête ailleurs, je n’avais pas pensé au fait qu’ils puissent parler français, j’avais donc tout préparé… en anglais. Eux non plus ne sont pas tout à fait là. Rencontre pas préparée et en fin de journée = pas une interview mais une discussion qui part tout azimut.

M : Je vous laisse vous présenter comme vous le souhaitez ?

Aymeric : Salut c’est Aufgang… et vous écoutez NRJ (rires). C’est la question la plus difficile que tu puisses nous poser en fait. Ca fait très longtemps qu’on se connaît. En fait j’étais avec Rami au conservatoire de Boulogne il y a quinze ans. Rami est parti à la Julliard School à New York où il a rencontré Francesco. Et moi je suis allé rendre visite à Rami et j’ai couché… (rires, Aymeric devient rouge écarlate) J’ai été avec Francesco heu… mais qu’est-ce que j’raconte !

M : …et tu as rencontré Francesco…

Aymeric : … oui et j’ai rencontré Francesco et… il était super sympa. Et… Aufgang est né de cette union ! (rires)

M : rapidement après votre rencontre ?

Aymeric : Non non… Cinq ans après je crois. On s’est connu en 2000 ou 1999.

Rami : Non j’ai rencontré Francesco en 2000 !

Francesco : Début 2001, avant les attentats.

Discussion pendant 5 minutes sur les dates, des gentils noms d’oiseaux volent.

M : Je ne pensais pas que la question était si difficile ! Donc il vous a fallu huit ans avant de sortir un album ?

Francesco, Rami, Aymeric en chœur : Peut-être / Oui / Non

Eclat de rire général, les gars on se reprend, c’est sérieux ! Francesco reprend le micro…

Francesco : Bon alors, Rami et moi jouions en duo au piano pendant pas mal de temps, en cherchant tout le temps de nouvelles influences, de nouvelles sonorités et collaborations. Et on a eu en 2005 la possibilité de monter un concert avec Rami au Sonar de Barcelone – qui est un peu le festival d’electro de référence. Et Rami a proposé de jouer avec Aymeric qui avait déjà joué avec lui et son père. Moi je connaissais très bien Aymeric mais je n’avais eu l’occasion de jouer avec lui alors qu’eux avaient joué en formation de jazz. Et donc en 2005, on s’est mis ensemble pendant une semaine et on a monté un show d’une heure en une semaine. C’était un peu le lancement du groupe quoi… mais on savait après ce concert qu’il fallait qu’on continue et… il se trouvait aussi que notre futur producteur était dans le public et il a dit « Bon les gars mettez-vous d’accord on enregistre un album ». Après ça a mis, non pas quatre ans mais deux ans et demi. A partir de l’enregistrement jusqu’à la sortie de l’album, il y a eu effectivement deux ans et demi de travail, de postproduction etc.

M : D’où ma question suivante, je me demandais comment est-ce que vous écriviez ces morceaux là, est-ce qu’il y en a un qui donne une ligne et les autres se calent dessus ou c’est vraiment un travail à trois ?

Aymeric : C’est moi qui fait tout… Réponds Francesco

Francesco : Non c’est pour toi

Aymeric : Rami t’es où ? Arrêtes tes mails !

Mince c’est reparti pour un tour, je vais peut-être arrêter de poser des questions en fait, je les dérange et ils ont l’air fatigués… Rami est tendu et fait des percussions avec ses index sur la table sans discontinuer.

Francesco : Ca varie, on a plusieurs façons de bosser ensemble. Mais déjà on vit dans trois villes différentes, c’est-à-dire Paris Beyrouth, Barcelone donc c’est vrai que sans l’email c’est compliqué. On travaille beaucoup en s’envoyant des fichiers. Parfois la base, c’est les pianos, c’est-à-dire qu’on écrit une idée basique, on la développe un peu, on l’enregistre en MIDI, on envoie les fichiers. Aymeric fait des bases rythmiques, des basses, des programmations des synthés, il les renvoie. On redéveloppe les pianos, etc, c’est une espèce de ping-pong à trois. Mais parfois l’idée principale vient d’Aymeric, il nous envoie une espèce de base de track, et sur ce Rami et moi développons des pianos par-dessus mais ça dépend. Mais c’est vrai qu’on se sert énormément de la technologie pour avancer dans le travail étant donné qu’on n’arrive pas encore à se téléporter et à être ensemble toutes les fois qu’on les désire.

Rami : C’est que Logic c’est magique aussi…

Aymeric : Logic c’est magique. C’est le logiciel de production et de composition qu’on utilise pour retravailler les morceaux. On a tous les trois le même pour que chacun puisse travailler et retoucher de son côté.

Francesco : Et puis il y a les moments où l’on retrouve principalement sur la péniche d’Aymeric pour avancer dans l’edit et vraiment concrétiser l’écriture des morceaux, décider des sons. Et après on se retrouve en studio pour mixer. Donc il y a aussi des moments où l’on bosse ensemble pratiquement 24h/24 et puis chacun repart à ses projets et voilà.

Rami : C’est bien d’avoir des projets alternatifs aussi car cela permet de donner un souffle à Aufgang. Parce que si on était que concentré sur Aufgang eh bien… Je pense qu’on a tous besoin de toucher à plein de choses et de pouvoir se retrouver au final pour avancer sur Aufgang. Non ?

Eclats de rire des deux acolytes qui se retenaient. Et c’est reparti pour des désaccords…

Francesco : Si on ne passe pas du temps uniquement sur Aufgang, c’est parce que ce projet n’est pas viable pour nous !

Rami : Si, on pourrait passer plus de temps sur Aufgang, ce n’est pas une question de viabilité mais de richesse culturelle, de pouvoir faire autre chose parce qu’on en a la capacité. On pourrait s’enfermer 6 mois et ne bosser que sur Aufgang, on ne mourrait pas de faim. Ce n’est pas une excuse. L’excuse pour moi c’est plutôt une envie d’explorer autre chose dans la musique.

Ok, tentons de reprendre les rênes…

M : Et si l’un habite Paris, l’autre Beyrouth et le troisième Barcelone, comment se fait) il que le nom du groupe soit allemand ?

Francesco : Bah parce que lui (Aymeric) il est français, lui (Rami) est libanais et moi je suis luxembourgeois.

M : Une triangulation qui ne tombe pas du tout sur l’Allemagne donc…

Francesco : du tout…

Aymeric : Sisi, si tu calcules… nan mais c’est un truc de francs-maçons, tu ne peux pas comprendre !

Francesco : Aufgang l’idée c’est celle de la montée, de monter en altitude. Le Sonnen Aufgang en allemand, c’est le lever du soleil. Pour nous cela se traduit en montée progressive vu qu’on aime la musique minimaliste qui consiste à répéter le même motif et à gagner en intensité et en puissance simplement par le fait de répéter, la montée se produit de façon naturelle.

Aymeric : maintenant tu dois lire sa chronique Titchee car elle avait exactement capté et traduit ça.

A mon tour de rougir comme une tomate, mais je suis contente de constater que je ne me suis pas plantée !

M : Rami tu as évoqué les influences musicales, dans ma chronique je comparais justement votre travail à l’expérimentation à laquelle a pu s’essayer Battles en plaçant la batterie au centre des morceaux, en transgressant les rôles classiques auxquels les instruments doivent s’astreindre. Vos pianos ne sont pas de simples outils, ils deviennent des partenaires dans la mesure où vous expérimentez beaucoup de choses avec, et ils occupent les différents postes du groupe, parfois ils sont centraux, parfois annexes… Quelles influences musicales vous ont marqué pour vous aider, à vous motiver pour façonner votre musique ?

Aymeric : C’est très intéressant cette idée que le piano se substitue à la batterie dans son motif répétitif et sa place pas forcément centrale dans les morceaux.

Rami : De toutes manières, nous ne voulions pas que les pianos soient des solistes dans Aufgang. D’ordinaire on prend le nom du pianiste pour nommer un trio ou un quatuor. Le piano est un instrument soliste par essence. Mais comme nous on est anti-pianistes, et anti-solistes, nous ce qui importe c’est l’atmosphère et le son.

Francesco : Mais c’est ce qu’elle dit, le piano n’est pas un accessoire mais un all-around instrument. On peut jouer des percussions dessus et dedans, on peut jouer des sons qui se rapprochent d’un synthé et qui sont complètement liés dans la programmation qui suit pour l’électronique. Et c’est intéressant car au Sonar en 2005, on avait partagé la scène avec Battles. J’ai entendu cette comparaison plusieurs fois, c’est peut-être pas stylistiquement mais comme nouvelle façon de concevoir comment fonctionne le groupe. Et c’est juste. Après nous on ne veut pas se fixer une formule, là c’est notre premier album dans le sens que déjà on a mis du temps à le produire, à nous focaliser sur la direction dans laquelle on voulait aller, mais il y aura d’autres projets. Le piano est un instrument tellement riche, qui offre tellement de possibilités qu’on va explorer plein d’autres choses. Et on a l’idée pour le prochain album de faire des choses encore plus expérimentales avec des quarts de tons, pousser le côté percussif, et pratiquement jouer de l’anti-piano, s’en servir comme de tout sauf un piano.

Rami : Un nouvel instrument.

Donc là, ils n’ont pas du tout répondu à a question mais c’était intéressant quand même…

M : Sans transition, parce que je n’en trouve pas, il y a au centre du disque un morceau qui marque une symétrie. Il est calme et mélancolique, il est dédié à quelqu’un qui était cher ou vous faites allusion à quelqu’un de connu mais je n’ai aucune culture ?

Aymeric : J’ai perdu un pote très cher en mars dernier et j’ai demandé aux copains à pouvoir lui dédier un titre. C’est un track qu’on avait déjà fait. Au départ j’avais choisi Soumission car Kévin c’était un surfeur toujours parti aux quatre coins du monde. Soumission pour moi c’était une plénitude avec une sorte de chaos complètement fou à la fin. C’était pas mal par rapport à sa personnalité mais je ne voulais pas changer le titre de Soumission donc j’ai choisi ce sans-titre qui semble écrit sur mesure alors que ce n’est pas le cas.

M : Vous avez des dates prévues ?

Francesco : On joue le 19 novembre au Café de la Danse et on bosse sur une tournée fin novembre.

On s’arrête là, mais j’avais oublié d’éteindre le micro. Aymeric est toujours en forme (“Le Pont des Artistes c’est une émission d’Europe 1 ça non ?”), Francesco trouve que Paris manque de vraies nuits et me propose ses services en DJ Set, Rami revient dans la conversation lorsqu’on rêve d’organiser un concert dans le parc de la place des Vosges histoire de secouer tous ces vieux riches…

Merci à Audrey (Discograph) qui a organisé cette rencontre au pied levé.

Cette interview ne sera pas diffusée sur Radio Campus Paris car Rami m’a gratifiée d’un concert de percussion de phalanges sur la table et de bip de mails reçus via son IPhone qui ne permettent pas d’exploiter les bandes. Pas de problèmes les gars, vous allez devoir vous y coller à nouveau ;) !

La chronique du disque à retrouver là

 

LA PARANOIA @ Festival Mettre en scène novembre 15, 2009

Pièce de Rafael Spregelburd / Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo & Elise Vigier / Avec Marcial di Fonzo Bo, Elise Vigier, Pierre Maillet, Clément Sibony, Rodolfo De Souza, Julien Villa et Frédérique Loliée / Théâtre du Triangle / 12/11/2009

Le Festival Mettre en scène de Rennes a depuis quelques années acquis une solide réputation de tremplin pour des créations théâtrales s’affranchissant de beaucoup de codes classiques des différents arts (théâtre, danse, cinéma, cirque, bande dessinée…) en les mélangeant pour le meilleur et… pour le meilleur. La Paranoïa, pièce argentine mise en scène par Marcial Di Fonzo Bo (artiste associé au Théâtre National de Bretagne) et Elise Vigier, nous plonge dans l’univers de la littérature borgésienne dans ce qu’il a de plus réussi en mêlant théâtre et cinéma avec une scénographie à couper le souffle.

L’intrigue se passe dans quelques milliers d’années, le calendrier grégorien a été remplacé par des calculs en sauts de lapins, les humains ont été en très grande partie décimés et sont à la merci des Intelligences, peuple extra-terrestres incapable d’invention. Un astronaute raté (Claus, dont la seule mission s’est soldée par un crash), un mathématicien spécialiste des calculs qui ne peuvent pas se vérifier et incapable d’additionner (Hagen, qui avait réalisé les calculs nécessaires au bon fonctionnement de la mission spatiale de Claus), une écrivaine plagiée (Julia Gay Morrisson qui plagie elle-même ses copieurs) et une G4, robot se reformatant et oubliant systématiquement sa condition de robot (Béatrice, qui a des problèmes de couples terribles avec Esteban) se retrouvent recrutés par le Colonel Brindisi pour tenter de sauver la Terre d’une destruction imminente par les Intelligences de plus en plus exigeantes sur les Fictions qu’on leur offre. S’engage alors une course contre la montre infernale de deux heures pour imaginer un scénario répondant à des caractéristiques d’écritures complexes (On ne doit pas se focaliser sur le centre de l’action,  il n’y a pas de héros ou personnage principal, pas de caractères remarquables…).

Il n’y a rien à reprocher à cette pièce, ni dans sa scénographie faisant intervenir des panneaux mobiles droits et concaves dévoilant studios de tournages en direct, écrans de projection ou un plateau tournant sur lui-même ; ni dans la qualité des dialogues dont le débit et la longueur des tirades se combinent parfaitement à la vitalité du texte ; ni dans le choix des sept acteurs tous plus saisissants les uns que les autres qui n’interprètent pas moins de trente-six personnages. On partage avec Hagen (Marcial Di Fonzo Bo) son amour d’une « Chambre Bien » qui tient uniquement au fait que ce soit dépourvu de bactéries et pourvu d’une table. On compatit au sort de Claus (Julien Villa) qui est en permanence au bord de l’overdose de pilules hallucinatoires qui lui permettent d’oublier sa courte carrière d’astronaute. On admire qu’un homme (Pierre Maillet) sache tenir avec tant de gracilité sur dix centimètres de talons et porte la perruque rousse à merveille pour le seul besoin d’interprétation d’un robot féminin attachant. La densité des références littéraires, cinématographiques, photographiques ou l’incursion de bande dessinée dans certaines saynètes ne sont jamais un obstacle à l’adhésion du public. On plonge à plein cerveau dans une expérimentation théâtrale dont on ressort titillé par tous les sens. Le cerveau comme en ébullition, on est terriblement jovial de s’être laissé embarquer dans une aventure foutraque et surréaliste sans jamais s’être ennuyé. Fait intéressant, chaque génération de spectateur réagit différemment à ce qui se déroule sous ses yeux. Je me suis surprise à avoir quelques fou-rires seule au milieu de ces deux-cents spectateurs…

Rarement pièce complexe et inrésumable n’avait été si réussie, si stimulante, si intelligemment menée. Qu’il est bon de se sentir vivant et doté de capacités intellectuelles. La Paranoïa est un péché capital : elle vous rend heureux de ne pas avoir cédé à la facilité de l’avachissement télévisuel, elle vous rappelle que vous êtes capables de rêver et de rire (ni noir, ni jaune, juste rire), elle stimule si bien vos neurones que vous retrouvez un instinct primaire simple : vous saisissez un cahier, un crayon et laissez aller vos projets les plus audacieux, vous reprenez confiance en une humanité que vous prenez tant de plaisir à décrier.

Une pièce et son interprétation à ne rater sous aucun prétexte si elle vous font l’honneur de passer près de chez vous.

Note : 9,5/10

Crédits photo : Christian Berthelot

 

ED LAURIE – Small boat Big sea… novembre 11, 2009

Artiste britannique / Folk / Tôt ou Tard

Il est rare que j’apprécie les disques qu’on prend la liberté de m’envoyer sans demander mon avis avant (cf. Asyl). Ajoutez à cela un nom qui ne donne pas envie d’enfourner le disque dans la platine et Ed Laurie semble le parfait artiste bien parti pour finir dans mes oubliettes de la musique. Et pourtant, je reste retenue par la pochette et un titre attrayant.

Ed Laurie s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs songwriters de folk classique. Celle qui vous ballade, vous repose, vous laisse songeur quel que soit le paysage sous vos yeux. Rappelant Hugh Coltman par son timbre de voix envoûtant et naviguant entre des orchestrations évoquant Cesaria Evora, Chet Baker ou Django Reinhardt, Ed Laurie signe douze titres mélancoliques et émouvant juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans le caricatural et sirupeux. Où que l’on soit, on prend le large, on s’évade l’instant d’un disque. L’une de mes favorites est la très orchestrale Never the same day twice qui vous plonge dans une aventure plus ou moins agitée.

Le mot clé de cet opus reste qu’il est reposant, ce qui dans nos sociétés urbaines, devient un luxe dont il faut savoir se délecter dès que l’occasion se présente. Attendons la suite de cet anglais charmant – desservi par son nom – pour continuer de partir vers de nouvelles destinations.

Note : 7,5/10

 

CENTENAIRE – The Enemy novembre 10, 2009

Groupe parisien / Folk – Avant-rock / Chief Inspector – Clapping music

L’écoute d’un disque et la découverte d’une splendeur tiennent parfois à peu de choses. Lorsque mes yeux tombent sur la pochette incompréhensible du disque promo de Centenaire, j’en suis à ma sixième heure de montage pour les émissions radiophoniques à venir dont j’ai la charge. Le nom m’évoque vaguement quelque chose. De retour chez moi, je constate avec désolation que le disque est dans mon ordinateur depuis des mois mais que, envoyé sous forme numérique il était passé à la trappe. Probablement reçu à un moment où j’avais beaucoup d’autres choses à faire… Je décide alors d’avoir une première écoute de l’album en faisant la vaisselle. J’en ai cassé un verre. Chronique de rattrapage d’un disque qui ne doit pas passer inaperçu.

Sept pistes, sept magnifiques titres qui ne doivent pas être assimilés à tort à un EP ou album trop court. Non, le travail de Centenaire est une réflexion parfaitement construite et épurée. Oui l’œuvre de Centenaire est un album complet et abouti.

On entre dans l’univers de Centenaire avec Weelchair qui vous donne tout sauf envie de rester assis et égale les meilleurs morceaux de Grizzly Bear (si si…), on en ressort avec un morceau tout aussi pop-folk (Back Home). Ente les deux s’est produit un petit cataclysme, une sorte de tornade qui vous ébouriffe les oreilles (The Enemy, Farmers Underground, A Cure). Des titres noirs aux riffs de guitare acérés, aux enchaînements de rythmiques d’une rigueur implacable, aux nappes de clavier et basses hypnotiques. Le titre le plus significatif pour moi est sans conteste Testoterone qui combine douceur et accès de violence comme en est capable cette hormone masculine dans la vie de tous les jours. Brouillage des pistes, on ne sait plus sur quel continent on est et c’est tant mieux.

Tout heureuse que j’étais d’être parvenue à convertir mes meilleurs amis à des disques incontournables pour 2009 comme Aufgang, The Limes ou Marie-Flore, j’en avais oublié de voir qu’ils clamaient tous leur engouement pour Centenaire. Retour d’ascenseur et Mea Culpa. Les ennemis ne sont jamais là où on les attend…

Note : 8,5/10

Autres chroniques sur Words and Sounds, Playlist Society ou Branche ton Sonotone

 

BOULBAR – Requiem pour un champion novembre 9, 2009

Artiste français / Chrooner – Jazz / Roy Music

Quel lien y a t’il entre un jeune chanteur français, un boxer américain, une jeune fille frivole attirée par l’argent ou un vieux snack-bar sur l’autoroute ? Boulbar et un très bel album réédité chez Roy Music (après avoir été autoproduit). Après la bande dessinée au cinéma, laissez-moi vous présenter la bd au casque…

Requiem pour un champion est plus qu’un disque, c’est une épopée tragique et moderne qui vous fout un cafard terrible doublé d’un puissant amour de la vie et de ses emmerdes. Jack Ranieri, ancien boxeur à la gloire éphémère, tient un snack-bar sur l’autoroute, au milieu de nulle part. Un jour il vient à passer une oreille attentive et Jack raconte comment il en est arrivé là, pourquoi la boxe c’est fini, comment il a fait de la taule, où il est tombé amoureux…

Une orchestration jazz-blues classique et classieuse piano-contrebasse-batterie accompagne une voix qui se fait plus originale, oscillant entre les influences de Gainsbourg (phrasé et nonchalence), Grand Corps Malade (dans ce qu’il a apporté d’intéressant au slam), Miossec (détermination dans le propos) ou Dominique A (amour des rimes un peu faciles). Ce qui est poignant, presque troublant, ce sont les textes : pas une once d’humour, pas un trait de légèreté permettant de respirer…non Boulbar n’a pas fait comme son collègues Florent Marchet, ce qu’il raconte est noir, glauque, triste, une descente directe vers la vie dans ce qu’elle a de plus triste et déprimante. Exercice difficile de ne pas tomber dans le pathos lorsqu’on raconte la déchéance d’un homme qui s’est réduit à néant par ses seuls choix de vie.

A l’écoute de cette aventure tragique, on pense aux films de Clint Eastwood (la Mustang, la boxe, la petite frappe, les paysages à vous couper le souffle par leur beauté sans concessions…), on a en tête des polars retraçant les péripéties de voyous attachant pour qui on n’éprouve pas de pitié mais de la compassion (Bonnie Parker & Clyde Barrow, John Dillinger, Jacques Mesrine & Charlie Bauer, Billy the Kid…). De cette histoire noire, on a soudain des images en sépia qui nous apparaissent, ce sont bien des planches de bandes dessinées, on n’a seulement les images principales, quelques scènes et discussions… pas étonnant que Boulbar ait collaboré à un projet avec Vincent Gravé qui a choisit de développer une partie de l’histoire simplement suggérée (un hold-up raté).

On pourrait simplement parfois regretter que Boulbar n’ose pas aller jusqu’au bout de certaines démarches. Les titres terminent souvent un peu trop secs (surtout les derniers), les textes en anglais sont moins intéressants que les paroles en français (surtout que l’accent laisse franchement à désirer, notamment sur Le rêve américain) et le vocabulaire mériterait d’être parfois plus littéraire, plus fouillé et recherché. Quelques figures de styles ne seraient pas malvenues, pour cela Boulbar devra travailler sur sa capacité à distinguer les textes aux fioritures inutiles des discours complexes mais raffinés qui apportent une valeur ajoutée certaine.

C’est quoiqu’il en soit un très beau disque, qui mérite que l’on y revienne plusieurs fois. Et, dans cette détresse affective et sociale, dans cette noirceur intransigeante, on arrive à ressortir de cet album étonnamment calme et apaisé. Le feu de la rage s’éteint, la colère s’estompe, on ravale ses larmes et l’on va de l’avant. Parce que la vie c’est ça, du malheur à la pelle ponctué de moments de bonheur fugitifs qu’il faut savoir attraper, emprisonner dans sa mémoire pour pouvoir vivre heureux quoi qu’il arrive.

Note : 8/10

Sortie le 9 novembre

Pour une chronique plus longue et rédigée par la gent masculine, essayez La Quenelle Culturelle

 

HEALTH @ Nouveau Casino novembre 6, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 12:30
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Groupe américain / Rock Expérimental – Noise – Post-hardrock / 31/10/2009

Ce soir là au Nouveau Casino, mieux valait ne pas avoir oublié de quoi vous protéger les oreilles sous peine de devoir vous racheter une paire de conduits auditifs. Le quatuor californien Health était déterminé à nous faire la démonstration en quarante-cinq minutes de set que leur musique n’est pas un classique parcours de santé.

Alors certes, au premier abord quarante-cinq minutes de set, c’est un peu court pour une tête d’affiche… Pas dans le cas de Health dont le nouvel album, Get Color, atteint à peine plus d’une demi-heure, et dont la puissante décharge sonore est si présente dans chaque seconde des morceaux qu’on ne demande pas notre reste.

Lorsqu’ils prennent place sur scène, on comprend immédiatement

1)   qu’on va sacrément déguster,

2)   que ce qu’on s’apprête à voir relève autant de la performance sonore que du concert,

3)   que le batteur (BJ) à l’intention de nous montrer qui est le plus balèze ce soir.

Fait étrange, les musiciens jouent la plupart du temps assis (du clavier sur les genoux notamment, imaginez l’état des rotules). Le guitariste central (John) passe autant de temps à jouer qu’à sauter dans tous les sens, agitant ses longs cheveux.

Les titres sont plus ou moins acides, les tempêtes soniques et chant obscurs accompagnent un martellement implacable du batteur imperturbable. Parfois les mélodies se font plus pop (Die Slow). On ressort de l’expérience éreinté et hébétés, complètement paumés dans ce brusque retour à la morne réalité ambiante (il fait froid, il y a des gens partout, il faut sortir de la salle…).

Health porte parfaitement son nom : ils vous rappelle que vous êtes vivants, que votre être est capable de ressentir simultanément une douleur aiguë et une excitation lancinante. Health est la meilleure des drogues (Death +), celle qui vous fait dévorer la vie à pleines dents (Nice Girls) tout en provoquant une petite mort (Die Slow). Après cela, vous vous sentez invincibles, plus agile qu’un tigre (Before Tiger), plus souple et fluide que l’eau (We are Water), prêt à bouffer votre propre chair (Eat Flesh).

Note : 8/10

 

ALICE RUSSELL @ EMB-Sannois novembre 6, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 8:30
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Groupe anglais / Groove-Funk / 30/10/2009

Précédée d’une première partie agréablement surprenante de Féfé, Alice Russell offrait à l’EMB-Sannois la première date de concert de sa nouvelle tournée. Un concert de plus de deux heures pour ravir nos oreilles comme il se doit !

Féfé a lancé sa carrière solo après dix ans de bons et loyaux services pour le hip-hop avec le Saïan Supa Crew (je vous invite à découvrir sa bio en images, il raconte tout ça très bien). Je n’attendais rien de cette première partie et le résultat m’a plutôt plu ! Des accords de guitare certes basiques, une façon de chanter qui tire régulièrement sur le rap (ce qui crée un contraste amusant entre les mélodies et le phrasé), mais des textes vraiment piquants et du charme à revendre. Féfé démontre qu’on peut rebondir de différentes manières, certains diront qu’il s’est rangé, qu’il est devenu vieux et il vous le confirmera, lui le jeune à la retraite !

Alice Russell prend place en retard avec ses cinq musiciens en costards. Blanc sur blanc sur des british, ce n’était peut-être pas le meilleur choix (et leurs costumes étaient mal taillés mais ce n’est qu’un détail). Elle facette de mille feux dans sa robe à paillettes. On peut parler de show à l’américaine tant le spectacle est rôdé. Chaque titre est annoncé, les morceaux s’enchainent, les chorégraphies aussi, trop de titres pour prendre le temps de discuter… C’est très pro, très carré, tout en sachant rester assez de connivences avec le public. Au beau milieu de son set, la dame disparaît en coulisses, ses musiciens entament un bœuf jazzy délicieux. Lorsqu’Alice reparaît, elle s’est changée, elle avait simplement trop chaud explique t’elle. Jeux de lumières, jeux de jambes, jeux de voix… il ne manque rien à ce spectacle très bien rôdé pour une première. Les reprises de Seven Nation Army (White Stripes) ou de Crazy (Gnarls Barkley) sont à vous retourner les tripes. On est pris par l’euphorie de ces mélodies qui groovent, qui jazzent, qui laissent s’exprimer une des plus belles voix soul-funk du moment. Etonnement, on n’est pas transporté jusqu’au fond de nos tripes pour autant…

Quoi qu’il en soit, le plateau de l’EMB-Sannois ce soir là était égal à lui-même : de qualité.  Féfé est un artiste à suivre et Alice Russell confirme que la qualité de son disque égale ses prestations scéniques.

Note : 8/10

 

TURZI joue B @ Elysée Montmartre novembre 2, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 2:32
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Groupe parisien / Kraut – Rock – Electro – Psyché / 29/10/09

En ce jeudi soir, on arrive à l’Elysée Montmartre en se disant que la salle sera à moitié pleine (ou à moitié vide, à vous de choisir votre camp), que les invités présents vont pour la plupart ou ne pas se donner la peine d’honorer l’artiste de leur présence ou repartir en faisant cette moue dubitative si caractéristique qui donne envie d’avoir des accès de violence. Et que Turzi ne gagnera donc pas encore la renommée qu’il mérite. Mais ce soir là, la chance a peut-être tourné. Grâce à un excellent line-up (SCUM et sa batteuse talentueuse, Etienne Jaumet et ses disques psychédélico-dantesque, Koudlam à la mise en scène chic et soignée et ses samples décalés…), la prestation de Turzi s’inscrivait comme l’aboutissement d’une soirée dédiée à la recherche de musicalités nouvelles. Le public avait été préparé en douceur à assister à une prestation difficile d’accès au premier abord. Et force est de constater qu’il s’est produit l’effet escompté.

Dans un premier temps, on s’est inquiété d’entendre Turzi jouer dans l’ordre les titres de son nouveau disque B qui, il faut le reconnaître, est ardu à la première écoute et n’est donc pas approprié lorsqu’on veut faire découvrir l’univers de ce groupe à des néophytes. Fort heureusement, la setliste a évolué en proposant une immersion plus douce, à condition de se laisser envahir par les mélodies électro-rock aux accents krautrock et aux textures psychédéliques. Car il s’agit bien d’une plongée dans un univers complexe. Le V-jing, contrairement à la prestation du Nouveau Casino, fonctionnait parfaitement, proposant une visite virtuelle des villes en B de l’album à travers GoogleEarth : Beijing, Buenos Aires, Bombay, Baltimore, Brasilia, Bogota… et ces quelques bonus pour la fin, un magnifique survol du château de Versailles et ce splendide bug/goodies où l’on aperçoit un squelette du Roi (?) dans une fondation du Palais…

Pour ceux qui n’ont pas encore été convaincus ou ceux qui voudraient ne pas louper le coche pour le prochain concert, les réflexions qui suivent s’adressent à eux.

Nombreux sont ceux qui confondent Turzi en tant que groupe et Romain Turzi en tant que musicien aux projets solos très électro. Un concert de Turzi n’a rien à voir avec Turzi Experience, c’est comme si vous assimiliez la folk d’Herman Düne au krautrock de Zombie Zombie : certes Cosmic Neman joue de la batterie dans les deux groupes, mais les deux prestations qu’il propose n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Si Romain Turzi a bien proposé au milieu du concert un titre exclusivement électronique grâce à son Tenori-on, c’était une incursion de son travail solo dans son travail de groupe. De même, s’il était annoncé que Turzi jouait B ce soir là sur le flyer, les adeptes auront immédiatement reconnu qu’il y avait également des morceaux extraits de A (Alpes et Afghanistan). Turzi n’est donc pas un groupe à classer simplement en électro ou simplement en krautrock. Non, l’une des grandes qualités de ces musiciens est justement d’être capable de faire évoluer leur musique d’un disque sur l’autre, de ne pas se cantonner à un genre musical en vogue (krautrock) ou plus facile d’approche (électro) et de proposer de véritables virages dans leur approche musicale. Pour résumer, Turzi est un groupe français qui, bien qu’injustement sous-estimé, est capable de prendre des risques et d’assumer des choix musicaux. Oui Romain Turzi est d’origine versaillaise comme Air, mais contrairement à eux il est encore capable de créativité.

Nombreux sont ceux qui disent ne pas « comprendre » la musique de Turzi, c’est parce qu’elle s’adresse moins à l’intellect qu’aux sens. Au premier abord, vous avez l’impression d’assister à une cacophonie foutraque. Il n’en est rien, Turzi propose des morceaux géométriques à la régularité d’un métronome, il faut simplement accepter de lâcher prise, de faire abstraction de la salle de spectacle, de vos voisins, du verre que vous tenez à la main. Petit à petit, les motifs apparaissent, les lignes de basses, de batterie, de clavier ou de guitare jouent à la fois ensemble et chacune dans leur coin, en vous concentrant bien, chaque mélodie peut vous apparaître distinctement, elles sont belles écoutées séparément, elles sont splendides lorsqu’on les écoute toutes ensemble. N’essayez pas non plus de comprendre ce que racontent les paroles des chants mystiques de Romain Turzi, considérez cela comme une sonorité supplémentaire. Petit à petit, c’est tout votre être qui entre en transe, se met à osciller sans que vous compreniez pourquoi. Ne cherchez pas à dissuader votre corps de danser, c’est encore autorisé :)

La musique de Turzi n’est pas facile d’accès, demande de la concentration et de la patience. On ne vient pas au concert de ce groupe pour digérer, non, on se fait remuer le corps et l’esprit et l’on met en général du temps à s’en remettre (surtout si vous avez oublié de protégez vos oreilles, vous risquez d’avoir un problème supplémentaire). Ce concert de l’Elysée Montmartre était probablement l’un des meilleurs (le son était impeccable, le V-jing aussi), on fêtait une belle victoire de la musique de qualité sur la soupe industrielle actuelle. Ne ratez pas la prochaine occasion d’en profiter !

Note : 8,5/10

Crédits photo : Michaurel