Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Du culturel, de manière incontestablement partiale et grinçante.

BOULBAR – Requiem pour un champion novembre 9, 2009

Artiste français / Chrooner – Jazz / Roy Music

Quel lien y a t’il entre un jeune chanteur français, un boxer américain, une jeune fille frivole attirée par l’argent ou un vieux snack-bar sur l’autoroute ? Boulbar et un très bel album réédité chez Roy Music (après avoir été autoproduit). Après la bande dessinée au cinéma, laissez-moi vous présenter la bd au casque…

Requiem pour un champion est plus qu’un disque, c’est une épopée tragique et moderne qui vous fout un cafard terrible doublé d’un puissant amour de la vie et de ses emmerdes. Jack Ranieri, ancien boxeur à la gloire éphémère, tient un snack-bar sur l’autoroute, au milieu de nulle part. Un jour il vient à passer une oreille attentive et Jack raconte comment il en est arrivé là, pourquoi la boxe c’est fini, comment il a fait de la taule, où il est tombé amoureux…

Une orchestration jazz-blues classique et classieuse piano-contrebasse-batterie accompagne une voix qui se fait plus originale, oscillant entre les influences de Gainsbourg (phrasé et nonchalence), Grand Corps Malade (dans ce qu’il a apporté d’intéressant au slam), Miossec (détermination dans le propos) ou Dominique A (amour des rimes un peu faciles). Ce qui est poignant, presque troublant, ce sont les textes : pas une once d’humour, pas un trait de légèreté permettant de respirer…non Boulbar n’a pas fait comme son collègues Florent Marchet, ce qu’il raconte est noir, glauque, triste, une descente directe vers la vie dans ce qu’elle a de plus triste et déprimante. Exercice difficile de ne pas tomber dans le pathos lorsqu’on raconte la déchéance d’un homme qui s’est réduit à néant par ses seuls choix de vie.

A l’écoute de cette aventure tragique, on pense aux films de Clint Eastwood (la Mustang, la boxe, la petite frappe, les paysages à vous couper le souffle par leur beauté sans concessions…), on a en tête des polars retraçant les péripéties de voyous attachant pour qui on n’éprouve pas de pitié mais de la compassion (Bonnie Parker & Clyde Barrow, John Dillinger, Jacques Mesrine & Charlie Bauer, Billy the Kid…). De cette histoire noire, on a soudain des images en sépia qui nous apparaissent, ce sont bien des planches de bandes dessinées, on n’a seulement les images principales, quelques scènes et discussions… pas étonnant que Boulbar ait collaboré à un projet avec Vincent Gravé qui a choisit de développer une partie de l’histoire simplement suggérée (un hold-up raté).

On pourrait simplement parfois regretter que Boulbar n’ose pas aller jusqu’au bout de certaines démarches. Les titres terminent souvent un peu trop secs (surtout les derniers), les textes en anglais sont moins intéressants que les paroles en français (surtout que l’accent laisse franchement à désirer, notamment sur Le rêve américain) et le vocabulaire mériterait d’être parfois plus littéraire, plus fouillé et recherché. Quelques figures de styles ne seraient pas malvenues, pour cela Boulbar devra travailler sur sa capacité à distinguer les textes aux fioritures inutiles des discours complexes mais raffinés qui apportent une valeur ajoutée certaine.

C’est quoiqu’il en soit un très beau disque, qui mérite que l’on y revienne plusieurs fois. Et, dans cette détresse affective et sociale, dans cette noirceur intransigeante, on arrive à ressortir de cet album étonnamment calme et apaisé. Le feu de la rage s’éteint, la colère s’estompe, on ravale ses larmes et l’on va de l’avant. Parce que la vie c’est ça, du malheur à la pelle ponctué de moments de bonheur fugitifs qu’il faut savoir attraper, emprisonner dans sa mémoire pour pouvoir vivre heureux quoi qu’il arrive.

Note : 8/10

Sortie le 9 novembre

Pour une chronique plus longue et rédigée par la gent masculine, essayez La Quenelle Culturelle

 

HEALTH @ Nouveau Casino novembre 6, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 12:30
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Groupe américain / Rock Expérimental – Noise – Post-hardrock / 31/10/2009

Ce soir là au Nouveau Casino, mieux valait ne pas avoir oublié de quoi vous protéger les oreilles sous peine de devoir vous racheter une paire de conduits auditifs. Le quatuor californien Health était déterminé à nous faire la démonstration en quarante-cinq minutes de set que leur musique n’est pas un classique parcours de santé.

Alors certes, au premier abord quarante-cinq minutes de set, c’est un peu court pour une tête d’affiche… Pas dans le cas de Health dont le nouvel album, Get Color, atteint à peine plus d’une demi-heure, et dont la puissante décharge sonore est si présente dans chaque seconde des morceaux qu’on ne demande pas notre reste.

Lorsqu’ils prennent place sur scène, on comprend immédiatement

1)   qu’on va sacrément déguster,

2)   que ce qu’on s’apprête à voir relève autant de la performance sonore que du concert,

3)   que le batteur (BJ) à l’intention de nous montrer qui est le plus balèze ce soir.

Fait étrange, les musiciens jouent la plupart du temps assis (du clavier sur les genoux notamment, imaginez l’état des rotules). Le guitariste central (John) passe autant de temps à jouer qu’à sauter dans tous les sens, agitant ses longs cheveux.

Les titres sont plus ou moins acides, les tempêtes soniques et chant obscurs accompagnent un martellement implacable du batteur imperturbable. Parfois les mélodies se font plus pop (Die Slow). On ressort de l’expérience éreinté et hébétés, complètement paumés dans ce brusque retour à la morne réalité ambiante (il fait froid, il y a des gens partout, il faut sortir de la salle…).

Health porte parfaitement son nom : ils vous rappelle que vous êtes vivants, que votre être est capable de ressentir simultanément une douleur aiguë et une excitation lancinante. Health est la meilleure des drogues (Death +), celle qui vous fait dévorer la vie à pleines dents (Nice Girls) tout en provoquant une petite mort (Die Slow). Après cela, vous vous sentez invincibles, plus agile qu’un tigre (Before Tiger), plus souple et fluide que l’eau (We are Water), prêt à bouffer votre propre chair (Eat Flesh).

Note : 8/10

 

ALICE RUSSELL @ EMB-Sannois novembre 6, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 8:30
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Groupe anglais / Groove-Funk / 30/10/2009

Précédée d’une première partie agréablement surprenante de Féfé, Alice Russell offrait à l’EMB-Sannois la première date de concert de sa nouvelle tournée. Un concert de plus de deux heures pour ravir nos oreilles comme il se doit !

Féfé a lancé sa carrière solo après dix ans de bons et loyaux services pour le hip-hop avec le Saïan Supa Crew (je vous invite à découvrir sa bio en images, il raconte tout ça très bien). Je n’attendais rien de cette première partie et le résultat m’a plutôt plu ! Des accords de guitare certes basiques, une façon de chanter qui tire régulièrement sur le rap (ce qui crée un contraste amusant entre les mélodies et le phrasé), mais des textes vraiment piquants et du charme à revendre. Féfé démontre qu’on peut rebondir de différentes manières, certains diront qu’il s’est rangé, qu’il est devenu vieux et il vous le confirmera, lui le jeune à la retraite !

Alice Russell prend place en retard avec ses cinq musiciens en costards. Blanc sur blanc sur des british, ce n’était peut-être pas le meilleur choix (et leurs costumes étaient mal taillés mais ce n’est qu’un détail). Elle facette de mille feux dans sa robe à paillettes. On peut parler de show à l’américaine tant le spectacle est rôdé. Chaque titre est annoncé, les morceaux s’enchainent, les chorégraphies aussi, trop de titres pour prendre le temps de discuter… C’est très pro, très carré, tout en sachant rester assez de connivences avec le public. Au beau milieu de son set, la dame disparaît en coulisses, ses musiciens entament un bœuf jazzy délicieux. Lorsqu’Alice reparaît, elle s’est changée, elle avait simplement trop chaud explique t’elle. Jeux de lumières, jeux de jambes, jeux de voix… il ne manque rien à ce spectacle très bien rôdé pour une première. Les reprises de Seven Nation Army (White Stripes) ou de Crazy (Gnarls Barkley) sont à vous retourner les tripes. On est pris par l’euphorie de ces mélodies qui groovent, qui jazzent, qui laissent s’exprimer une des plus belles voix soul-funk du moment. Etonnement, on n’est pas transporté jusqu’au fond de nos tripes pour autant…

Quoi qu’il en soit, le plateau de l’EMB-Sannois ce soir là était égal à lui-même : de qualité.  Féfé est un artiste à suivre et Alice Russell confirme que la qualité de son disque égale ses prestations scéniques.

Note : 8/10

 

TURZI joue B @ Elysée Montmartre novembre 2, 2009

Classé dans : Chroniques Concerts — Violette Roll @ 2:32
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Groupe parisien / Kraut – Rock – Electro – Psyché / 29/10/09

En ce jeudi soir, on arrive à l’Elysée Montmartre en se disant que la salle sera à moitié pleine (ou à moitié vide, à vous de choisir votre camp), que les invités présents vont pour la plupart ou ne pas se donner la peine d’honorer l’artiste de leur présence ou repartir en faisant cette moue dubitative si caractéristique qui donne envie d’avoir des accès de violence. Et que Turzi ne gagnera donc pas encore la renommée qu’il mérite. Mais ce soir là, la chance a peut-être tourné. Grâce à un excellent line-up (SCUM et sa batteuse talentueuse, Etienne Jaumet et ses disques psychédélico-dantesque, Koudlam à la mise en scène chic et soignée et ses samples décalés…), la prestation de Turzi s’inscrivait comme l’aboutissement d’une soirée dédiée à la recherche de musicalités nouvelles. Le public avait été préparé en douceur à assister à une prestation difficile d’accès au premier abord. Et force est de constater qu’il s’est produit l’effet escompté.

Dans un premier temps, on s’est inquiété d’entendre Turzi jouer dans l’ordre les titres de son nouveau disque B qui, il faut le reconnaître, est ardu à la première écoute et n’est donc pas approprié lorsqu’on veut faire découvrir l’univers de ce groupe à des néophytes. Fort heureusement, la setliste a évolué en proposant une immersion plus douce, à condition de se laisser envahir par les mélodies électro-rock aux accents krautrock et aux textures psychédéliques. Car il s’agit bien d’une plongée dans un univers complexe. Le V-jing, contrairement à la prestation du Nouveau Casino, fonctionnait parfaitement, proposant une visite virtuelle des villes en B de l’album à travers GoogleEarth : Beijing, Buenos Aires, Bombay, Baltimore, Brasilia, Bogota… et ces quelques bonus pour la fin, un magnifique survol du château de Versailles et ce splendide bug/goodies où l’on aperçoit un squelette du Roi (?) dans une fondation du Palais…

Pour ceux qui n’ont pas encore été convaincus ou ceux qui voudraient ne pas louper le coche pour le prochain concert, les réflexions qui suivent s’adressent à eux.

Nombreux sont ceux qui confondent Turzi en tant que groupe et Romain Turzi en tant que musicien aux projets solos très électro. Un concert de Turzi n’a rien à voir avec Turzi Experience, c’est comme si vous assimiliez la folk d’Herman Düne au krautrock de Zombie Zombie : certes Cosmic Neman joue de la batterie dans les deux groupes, mais les deux prestations qu’il propose n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Si Romain Turzi a bien proposé au milieu du concert un titre exclusivement électronique grâce à son Tenori-on, c’était une incursion de son travail solo dans son travail de groupe. De même, s’il était annoncé que Turzi jouait B ce soir là sur le flyer, les adeptes auront immédiatement reconnu qu’il y avait également des morceaux extraits de A (Alpes et Afghanistan). Turzi n’est donc pas un groupe à classer simplement en électro ou simplement en krautrock. Non, l’une des grandes qualités de ces musiciens est justement d’être capable de faire évoluer leur musique d’un disque sur l’autre, de ne pas se cantonner à un genre musical en vogue (krautrock) ou plus facile d’approche (électro) et de proposer de véritables virages dans leur approche musicale. Pour résumer, Turzi est un groupe français qui, bien qu’injustement sous-estimé, est capable de prendre des risques et d’assumer des choix musicaux. Oui Romain Turzi est d’origine versaillaise comme Air, mais contrairement à eux il est encore capable de créativité.

Nombreux sont ceux qui disent ne pas « comprendre » la musique de Turzi, c’est parce qu’elle s’adresse moins à l’intellect qu’aux sens. Au premier abord, vous avez l’impression d’assister à une cacophonie foutraque. Il n’en est rien, Turzi propose des morceaux géométriques à la régularité d’un métronome, il faut simplement accepter de lâcher prise, de faire abstraction de la salle de spectacle, de vos voisins, du verre que vous tenez à la main. Petit à petit, les motifs apparaissent, les lignes de basses, de batterie, de clavier ou de guitare jouent à la fois ensemble et chacune dans leur coin, en vous concentrant bien, chaque mélodie peut vous apparaître distinctement, elles sont belles écoutées séparément, elles sont splendides lorsqu’on les écoute toutes ensemble. N’essayez pas non plus de comprendre ce que racontent les paroles des chants mystiques de Romain Turzi, considérez cela comme une sonorité supplémentaire. Petit à petit, c’est tout votre être qui entre en transe, se met à osciller sans que vous compreniez pourquoi. Ne cherchez pas à dissuader votre corps de danser, c’est encore autorisé :)

La musique de Turzi n’est pas facile d’accès, demande de la concentration et de la patience. On ne vient pas au concert de ce groupe pour digérer, non, on se fait remuer le corps et l’esprit et l’on met en général du temps à s’en remettre (surtout si vous avez oublié de protégez vos oreilles, vous risquez d’avoir un problème supplémentaire). Ce concert de l’Elysée Montmartre était probablement l’un des meilleurs (le son était impeccable, le V-jing aussi), on fêtait une belle victoire de la musique de qualité sur la soupe industrielle actuelle. Ne ratez pas la prochaine occasion d’en profiter !

Note : 8,5/10

Crédits photo : Michaurel

 

Toy Fight @ Café de la Danse octobre 29, 2009

Groupe Parisien / Pop – Rock / 26/10/2009

Pour bien attaquer la semaine, rien ne vaut plateau musical complet. Composé ce lundi de Maison Neuve en entrée légère et Leisure Society en plat de consistance un peu indigeste, la soirée fut heureusement sublimée par un Toy Fight en guise de sabayon.

Que dire de Maison Neuve ? Leur concert était une première pour moi et, je l’ai bien senti, ils n’étaient pas au meilleur de leur forme. Nouveaux morceaux difficiles, salle plutôt vide car la soirée commençait trop tôt… le spectacle n’en était pas moins intéressant. On connaissait la Maison Tellier, on s’était fait surprendre par Holden il y a quelques années (je ne parle du dernier album qui, malheureusement, est aussi fantomatismique que le disque), Maison Neuve s’inscrit dans le créneau difficile des chanteurs à texte en français et de qualité. Pas toujours évident de faire jaillir la puissance de la langue de Molière, surtout si on lui ajoute quelques mélodies oscillant entre folk western et rock brut. Bref on sent le talent sous-jacent mais le besoin de plus de scène – mais ça, ça dépend des programmateurs hein… ;). Belle entrée en matière donc malgré ses imperfections qui font aussi le charme de cette nouvelle bicoque à surveiller.

La salle se remplit avec la préparation de Leisure Society. En voyant s’installer les sept protagonistes du groupe, on se demande comment on a pu passer à côté de ce septet qui, au premier abord risque de livrer une pop-folk instrumentale intéressante. On s’est demandé « comment », mais on a vite compris « pourquoi ». Techniquement, le trio violon-violoncelle-flute traversière qui accompagne une formation guitare-basse-batterie-clavier est impeccable. Toutes leurs mélodies sonnent justes, sont parfois entrainantes et ont un certain raffinement dans leur complexité. Oui mais voilà, exactement comme pour Camera Obscura lors de la dernière Route du Rock, l’alchimie ne suit pas. The Leisure Society se cantonne à la catégorie « groupe d’ambiance de bal » ou « groupe concourant à l’Eurovision », de la musique à mettre dans des cases, à évaluer avec une simple grille… Dommage, indigeste prestation dont on n’attendait pas grand-chose.

L’avantage d’être précédé d’un groupe moyen, c’est que votre talent, s’il était passé inaperçu jusque là, resplendit deux fois plus. Ce fut le cas pour les joyeux joujoux de Toy Fight ce soir là. Le trio masculin de base (et de choc) a complété sa formation de deux musiciens aussi doué qu’eux dont le multi-instrumentiste Jean. Et sur scène, ils n’ont pas hésité à inviter leurs amis et collègues (via leurs autres groupes) comme Olivier Marguerit (Chicros, Syd Matters), Pauline De Lassus (Mina Tindle) ou Laurie Lassalle à travers leur dernier clip que je vous invite fortement à aller regarder (My Girlfriend Is Better Than Yours). Le constat immédiat qui saute aux oreilles dès les premiers accords du groupe, c’est qu’ils ont fait de sacrés progrès sur scène depuis le Point FMR ! L’humour caustique de Sébastien Broca est encore plus incisif et efficace, ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on a pour nom les meilleurs contes de Pierre Gripari – oui, je sais, Sébastien aurait préféré une référence de son niveau de Fénelonien, Kant ou Deleuze mais ce n’est moi qui rédige là :) …. Maxime Chamoux a toujours la délicatesse de vous prévenir qu’il va se planter dans ses accords pendant la transposition du morceau (et prend la peine de dédier un morceau à ses parents dans la salle). Jean s’amuse comme un gamin dans le fond avec tous ses instruments et gadgets assimilés (et papote avec Olivier, oui je balance car les autres membres sont devant, ils ne voient pas). A côté, Bertrand Faure-Brac et David Simonetta ont l’air d’enfants de cœur avec leurs chemises bien repassées. Enfin Pauline et Olivier font l’animation en passant et repassant d’un bout à l’autre de la scène. Les parties de trompettes d’Olivier sont d’ailleurs un apport intéressant, quand à la voix de Pauline, elle est égale à elle-même, sublime et pétillante. Le groupe a joué la quasi-intégralité de Peplum et nous a gratifié de quelques titres « vieux mais qu’on aime quand même beaucoup » et un nouveau titre (Streetlights) qui rappelle The Limes (tiens tiens…). Lors du rappel, les surprises ne sont pas terminées puisque Toy Fight entame une reprise des Go Betweens (The House Jack Kerouac built) en appelant en renforts Guillaume aka le grand gaillard chanteur de Maison Neuve.

Vous l’aurez compris, si vous n’avez toujours pas écouté Peplum ou vu Toy Fight sur scène, vous avez intérêt à réparer rapidement vos oublis avant de passer pour le dernier has-been. Il ne manquait qu’Orouni pour que cette soirée soit parfaite, mais il était dans la salle ce n’est déjà pas si mal. A force de vous écrire que cette nébuleuse de parisiens est bourrée de talent, vous allez finir par être d’accord avec moi…

Note : 8,5/10

Crédits photo : Not For Tourist Paris, dont je conseille aussi le live report :)

A lire également la chronique de Mein zu Hause Mein Blog

 

THE LIMES – s/t octobre 26, 2009

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

 

MINA TINDLE @ Le Baron octobre 25, 2009

Groupe français / Pop / 19/10/2009

Le sourire timide de la charmante Pauline...

Le sourire timide de la charmante Pauline...

Seconde entorse à mon souhait de ne plus remettre les pieds dans un club vieillot qui se croit plus original et chic qu’il ne l’est (après My Girlfriend Is Better Than Yours), seconde fois que je passe une bonne soirée (ce n’est pour autant que je vais changer d’avis sur le lieu, en témoigne le club de pétasses en fourrures et sacs dorés ayant tourné les talons en voyant une faune inhabituelle devant leur repaire d’escort-girls).

Derrière Mina Tindle se cachent une partie de Toy Fight (Maxime Chamoux) ou des musiciens boulimiques de musique et de travail (Guillaume Villadier), exigeants mais souriants, discrets et humbles mais n’hésitant pas à remuer le public amorphe, bling-bling et dépourvu de capacité d’appréciation musicale. Malgré quelques soucis de sampling de Pauline liés à un jeu de lumière à l’image du club, Mina Tindle livre un petit concert tout en douceur à leur image. On fait vite abstraction des nazes broques avoisinants pour ne plus se concentrer que sur la musique et par-dessus tout, sur la voix au timbre délicieux de Pauline.

Le concert terminé, les fréquentateurs usuels du Baron commencent à envahir l’espace, il est temps de s’en aller rapidement… Il nous tarde de découvrir quel disque Mina Tindle compte sortir, le deux titres est largement assez fantastique pour qu’ils y donnent une suite. L’idée de mini-album à la manière de Marie-Flore pourrait s’avérer une bonne idée ?

Note : 8/10

Crédits photo : Olivier Peel

 

MARIE FLORE – More than thirty seconds if you please octobre 19, 2009

Chanteuse parisienne / Rock rétro – Pop minimaliste / Autoproduit

Rock en Seine 2009, je m’ennuie comme un rat mort devant des prestations scéniques toutes plus affligeantes les unes que les autres. Lorsque sans prévenir je croise quelqu’un qui a le bon goût de me glisser le mini-album de Marie-Flore entre les mains…

A la première écoute, on pense à une chanteuse venue du froid, une petite suédoise à l’orchestration minimaliste, épurée et mélancolique.  Cette voix légèrement fêlée rappelle étrangement  Cat Power (Trapdoor) mais l’on sent immédiatement que Marie-Flore ne copie pas, elle a simplement le même timbre, sa voix sort telle quelle, ainsi soit-il. Et contrairement à Chan Marshall, les titres de Marie-Flore s’ils sont parfois mélancoliques, ne sont jamais dépressifs ou déprimants, jamais de pathos. La créature est fragile d’apparence, d’apparence seulement. Les lignes de batterie ont l’efficacité et la simplicité des meilleurs Janis Joplin,  c’est entêtant comme les meilleures pop des seventies… Marie-Flore et son prénom désuet semblent tout droit sortis d’une autre époque. Les duos avec des voix masculines (dont je n’ai pas trouvé les interprètes) sont d’autant plus touchants qu’ils sont d’une sobriété déconcertante. Notamment Empty Walls qui ne comporte que trois accords de guitare et synthé pour magnifier les deux voix  qui viennent vous chatouiller le bas de l’épine dorsale. Vous avez le titre dans le crâne pendant trois jours, vous pourriez regarder la pluie tomber derrière les carreaux pendant des heures.

Et c’est avec délectation qu’on a la confirmation que cette jeune-fille frêle est bien française. Presque l’intégralité du disque est chantée en anglais mais l’on trouve quelques passages dans sa langue natale qui tombent justes, pas de fioritures, pas d’emphase… Simplement sa voix et quelques orchestrations qui habillent l’ensemble. Le dernier titre est probablement le plus complexe, Gregg Foreman ayant monté un groupe à Philadelphie autour de Marie-Flore : les Rare Birds. C’est sur ce titre splendide aux mélodies pop-rock dignes des plus grands que Marie-Flore consent à chanter timidement en français.

Alors oui, définitivement oui, on lui accorde bien plus que trente secondes d’attention. Nul doute que cette artiste va aller loin, on lui souhaite de gravir les échelons avec autant de modestie et d’assurance qu’elle en a aujourd’hui. Petit à petit l’oiseau fait son nid, Gregg Foreman a vu juste, Marie-Flore est un oiseau rare, qui n’a pas besoin de cage (ou de label) pour démontrer qu’elle est talentueuse et prochainement, on viendra la chercher pour participer à de belles et grandes épopées musicales.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : Vous pouvez vous procurer son album via son Myspace, vous ne serez pas déçus !

N.B. 2 : Vous pouvez retrouver d’autres chroniques qui partagent mon avis chez Arbobo

N.B. 3 : Marie-Flore sur scène ? Mini-reportage !

 

MY GIRLFRIEND IS BETTER THAN YOURS – Release Party @ Le Baron octobre 17, 2009

Duo parisien / Pop / 12/10/2009

Mondanitude… Minuit, les molosses du Baron, où j’avais pourtant juré de ne pas remettre les pieds deux ans auparavant, me laissent entrer alors que mon nom n’est pas sur la liste (je ne sais pas pourquoi ni comment j’ai eu droit à cette faveur… mais tant mieux) et le personnel se fend d’un bonjour avec sourire (maintenant c’est certain, ils m’ont confondue avec une autre). La faune locale est plus calme et moins exubérante qu’avant, c’est plutôt agréable. Oh, il y a toujours deux ou trois imbéciles pour se croire à un défilé de la fashion week, qui portent des horreurs en fourrure et doudoune avec complet à rayures en dessous, heureusement que le ridicule ne tue pas, il y aurait régulièrement des hécatombes ! Dans le public je retrouve les Chicros, probablement les musiciens pop les plus sympathiques de Paris avec Syd Matters, pas étonnant qu’ils soient amis. Cela dit, je trouve toujours qu’ils ne collent pas avec le lieu.

Olivier Marguerit et Laurie Lassalle prennent place devant leurs deux synthés Casio. Leur musique est simple et n’a rien de foncièrement original ou nouveau, comme attendu à l’écoute de l’EP. Mais il y a ce petit quelque chose de captivant, un sourire, un regard, deux accords, trois rythmiques qui font que l’ensemble tient vraiment la route. Les mélodies sont douces, les textes piquants, on passe un agréable moment, le public a d’ailleurs fini par être attentif. Par-dessus tout c’est une grande complicité qui ressort de ce vrai duo-couple, très à l’écoute l’un de l’autre (et vice et versa). Ils jouent quelques titres de leur Foreplay EP dont les délicieux My Girlfriend Is Better Than Yours et Before my Memory, mais aussi plusieurs nouveaux titres, la conception d’un album n’est donc pas à perdre de vue… tant mieux !

Je repars le concert terminé, sous les yeux un peu interloqués des videurs : Déjà ? Bah oui… Après deux heures, pas de mondanités merci, c’est mauvais pour la digestion :)

A suivre.

Crédits photos : Olivier Peel

 

GIVE ME FIVE : TURZI +REBOTINI +YUKSEK @ Point FMR octobre 16, 2009

Classé dans : Blog Roll, Chroniques Concerts — Violette Roll @ 1:42
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Artistes français / Electro expérimentale – Electro bling-bling / 12/10/2009

Cinq ans pour le Point Ephémère déjà… Bam ! Dans notre tronche le coup de vieux ! C’est aussi cinq ans de mûrissement de trois artistes électro français en qui le Point Ephémère a placé sa confiance depuis le début.

Romain Turzi d’abord, le résident perpétuel. Membre central du groupe Turzi, dont les deux albums A et B sont de petites merveilles eletro-krautrock aux envolées mystiques et batcave, Romain Turzi se produit régulièrement seul ou dans des projets alternatifs (notamment avec Etienne Jaumet). Ce soir là, il est seul, cerné de ses machines et de sa guitare. Il utilise notamment beaucoup le Tenorion, petit instrument mais grand potentiel (lorsqu’on sait l’exploiter). De dos, au mieux de profil, ce presque trentenaire est concentré, il n’adressera d’ailleurs pas un mot au public. Très vite, ses boucles entêtantes vous plongent dans son univers psychédélique et christique qui lui est si personnel. On reconnaît beaucoup de thèmes issus de A (notamment les paroles de ses chants), plusieurs trouvailles intéressantes grâce au Tenorion qui lui permet de programmer beaucoup de boucles tout en jouant de la guitare. Comme à chaque écoute, on ressort un peu engourdi de cette exploration d’abysses électroniques. La réintroduction dans le monde des humains n’est pas comprise dans le billet. Une chose est certaine, Turzi est capable de beaucoup de renouvellement, aller de l’avant sans pour autant faire une croix sur « les compositions des débuts », en ce moment c’est une qualité qui se fait rare.

Arnaud Rebotini ensuite, le quarantenaire qui a eu le courage de se reconvertir. La bonne idée d’arrêter Black Strobe, de se séparer d’Yvan Smagghe pour se reconcentrer sur ce qu’il aime : la techno pointue en solo. Il collectionne les synthés Roland vintage, il va donc les exploiter et nous livre sa petite symphonie pour machines usagées et oubliées à tort. Un synthétiseur lorsqu’on sait lui faire cracher ce qu’il a dans le ventre, ça peut s’avérer être un excellent outil musical, et en plus c’est beau. Cerné de machine, l’homme au look de Forban titille les corps qui se déhanchent comme si de rien n’était et charme les oreilles attentives qui sont restées pour cette prestation un peu tardive pour un lundi soir. Arnaud Rebotini vient simplement de démontrer qu’on peut faire de la musique du futur avec des machines fabriquées avant ma naissance…

Donc, pour synthétiser (sans mauvais jeu de mot ahah) on a commencé la soirée par un vingtenaire Turzi qui utilise les derniers outils technologiques pour créer une électro mystique et très rétro et on a terminé ce concert par un quarantenaire Rebotini qui n’utilise que du matos d’après guerre pour inventer une musique techno futuriste. Et au milieu de ces deux tendances vraiment intéressantes, s’en dessine une troisième, représentée ce soir là par Yuksek. Lui est jeune – plus que Turzi – et est tout droit issu de la mouvance Ed Bangers. En résumé, il fait de la musique à l’opposé de Turzi et Rebotini : de la musique immédiate, l’électro à danser sans se concentrer. Pas de fond, juste une forme. Et ça fonctionne parfaitement, le public se met à sautiller dans tous les sens, secouer la tête et sourire sans se poser de questions. Des titres tous ultra-calibrés pour les radios commerciales (2’30 – 3’00) en complète opposition avec les 8’00 – 12’00 de moyenne de ses deux collègues. Un live de Yuksek, c’est comme un mauvais film avec un scénario intéressant, on en ressort en ayant déjà oublié les trois quart de ce à quoi on vient d’assister. Cet artiste appartient à toute cette vague qui copie les aînés (Daft Punk, Simian…) pour recracher plus ou moins habilement une électro fluo. Matuvu et Bling-bling sont les maîtres mots qui attirent une jeunesse en mal de connaissance musicale de fond et qui a un profond besoin de défoulement immédiat. Issus de la génération « tout, tout de suite », « travailler plus sans gagner plus », « société de consommation mon Amour », le public le plus friand de Yuksek est jeune. Sauf que… ce soir là, nous sommes un lundi, ce n’est pas les vacances scolaires et le public est plutôt « trentenaire bien tassé » que « tout juste majeur ». On se rend alors compte que Yuksek touche une autre catégorie de public : les bobos en mal de jeunesse, sur le retour et ne supportant pas l’idée d’approcher les quarante piges. Pas d’enfants, pas de vie de couple, pas de voiture (mais un scooter, pardon, un Vespa), pas de théâtre ou d’opéra mais du clubbing jusqu’à plus soif, un appartement grand et vide de vie puisqu’ils n’en sont que les courants d’airs : on ne mange pas chez soi, il n’y a pas de table pour ça ; on n’invite pas chez soi, il n’y a rien à voir chez soi… Ils se raccrochent à cet ersatz d’électro qui leur donne l’illusion d’être jeune à nouveau, de ne plus sentir le poids des ans dans leurs genoux, d’oublier quelques instants cette brioche naissante sur leurs hanches. Le temps d’un set, ils ont l’impression d’être insouciants, ils oublient qu’ils sont censés être des bobos parisiens coincés devant un concert, ils applaudissent à tout rompre au lieu de nous servir leur habituelle moue dédaigneuse. Croyez-le ou non, c’est presqu’émouvant de voir leur détresse affective et leur mal-être de presque-vieux s’effacer l‘instant d’un titre.

Attention, je n’ai jamais dit être restée de marbre devant le set de Yuksek, j’avais d’ailleurs beaucoup apprécié son album. Mais je suis encore capable de faire la différence entre une électro de surface putassière et une expérience électronique poussée et approfondie qui demande beaucoup de concentration pour ne pas passer à côté. Je ne suis malheureusement pas certaine que la génération qui me suit (c’est-à-dire mon petit frère) et la génération perdue de ces quarantenaires fassent la distinction.

Le Point Ephémère avait préparé un plateau de qualité pour fêter comme il se devait ses cinq ans, on regrette simplement que cette soirée n’était pas un vendredi ou samedi ! Turzi et Rebotini ont assurément beaucoup de belles années musicales à nous faire partager, le jeune Yuksek est… jeune, il progressera :) !

Note : 8/10

Crédits photos : Michaurel

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